Perturbateurs endocriniens dans les cosmétiques : la liste
Parabènes, triclosan, certains filtres UV : plusieurs ingrédients de nos produits de beauté sont surveillés pour leurs effets possibles sur les hormones. Santé publique France écrit que leurs effets sur la santé humaine sont « encore mal connus », mais qu’ils sont « largement suspectés » de contribuer à des maladies chroniques. L’Union européenne en a interdit ou plafonné plusieurs depuis 2014. Dans la salle de bain, deux gestes réduisent l’exposition : lire la liste des ingrédients, et utiliser moins de produits.
Quels perturbateurs endocriniens trouve-t-on dans les cosmétiques ?
Un perturbateur endocrinien est, selon la définition de l’OMS reprise par la Commission européenne, une substance « qui altère les fonctions du système endocrinien et de ce fait induit des effets néfastes ». Santé publique France range les cosmétiques parmi les produits de la vie courante qui en contiennent, et cite les parabènes et le triclosan (Santé publique France, Que sont les perturbateurs endocriniens ?). Pour une vue d’ensemble, voyez notre page sur les perturbateurs endocriniens au quotidien ; ici, nous restons dans la salle de bain. Les maladies qu’on leur soupçonne de favoriser dépassent la fertilité, comme le racontent les chercheurs qui les soupçonnent d’être encore plus nocifs.
En 2019, la Commission européenne a demandé des données sur 14 substances cosmétiques aux propriétés perturbatrices « potentielles », et en a gardé 14 autres pour un second examen (Commission européenne, Endocrine disruptors). Le tableau rassemble celles qu’on croise le plus sur une étiquette, avec ce que l’Europe en a décidé.
| Nom sur l’étiquette | Rôle dans le produit | Où en est l’Europe |
|---|---|---|
| Propylparaben, Butylparaben | conservateurs | plafonnés à 0,14 % à eux deux, et interdits dans les soins sans rinçage pour le siège des moins de 3 ans (depuis 2015) |
| Isopropylparaben, Isobutylparaben, Phenylparaben, Benzylparaben, Pentylparaben | conservateurs | interdits (plus vendus depuis juillet 2015) |
| Methylparaben, Ethylparaben | conservateurs | autorisés jusqu’à 0,4 % pour l’un, 0,8 % en mélange ; le méthylparabène est sur la liste du second examen |
| Triclosan | conservateur des dentifrices, savons, gels douche, déodorants | plafonné à 0,3 % dans une liste fermée de produits, interdit dans les bains de bouche et les dentifrices des moins de 3 ans |
| Triclocarban | conservateur | plafonné à 0,2 % comme conservateur, interdit dans les bains de bouche et les dentifrices des moins de 6 ans |
| Benzophenone-3 (oxybenzone) | filtre UV | plafonné (décidé en 2022, appliqué en rayon depuis juillet 2023) : 6 % pour le visage, les mains et les lèvres, 2,2 % pour le corps |
| Octocrylene | filtre UV | plafonné (décidé en 2022, appliqué en rayon depuis juillet 2023) : 10 %, 9 % en aérosol |
| 4-Methylbenzylidene Camphor (4-MBC) | filtre UV | interdit : plus mis en vente depuis le 1er mai 2025, retiré des rayons depuis le 1er mai 2026 |
| Homosalate | filtre UV | réservé aux produits pour le visage, à 7,34 % hors aérosols (décidé en 2022, appliqué en rayon depuis juillet 2025) |
| Ethylhexyl Methoxycinnamate | filtre UV | sur la liste du second examen |
| Dibutyl Phthalate (DBP), phtalate de bis(2-éthylhexyle) (DEHP) | phtalates | interdits, sur la liste des substances proscrites du règlement cosmétique |
D’autres noms figurent sur les listes d’examen de la Commission, comme le BHT, le BHA, le résorcinol, l’acide kojique, l’acide salicylique ou le cyclopentasiloxane. Figurer sur une de ces listes signifie que la substance doit être évaluée ; le verdict varie ensuite de l’une à l’autre, comme le montre le tableau.
Ce que l’Europe a interdit ou plafonné, et sur quelle base
Le règlement européen sur les cosmétiques de 2009 encadre toutes ces substances. Il prévoyait d’être révisé pour les perturbateurs endocriniens (règlement (CE) n° 1223/2009), et la Commission a conclu en 2018 qu’il offrait déjà les outils nécessaires : chaque substance est jugée une par une, sur l’avis du comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs (CSSC), puis interdite ou plafonnée (Commission européenne).
- 2014, les parabènes. Cinq parabènes ont été interdits, l’industrie n’ayant pas fourni les données qui auraient permis d’évaluer leur innocuité (règlement (UE) n° 358/2014). Le propylparabène et le butylparabène ont été plafonnés, et le CSSC a maintenu un doute pour les soins sans rinçage posés sur la zone du siège des tout-petits, où ils sont interdits avant 3 ans (règlement (UE) n° 1004/2014).
- 2022, deux filtres solaires. Le CSSC a jugé que la benzophénone-3 à 6 % dans les crèmes pour le corps et les sprays n’était pas sûre : elle y est limitée à 2,2 %. L’octocrylène est plafonné à 10 % (règlement (UE) 2022/1176). La même année, l’homosalate a été réservé aux produits pour le visage, à 7,34 % (règlement (UE) 2022/2195).
- 2024, une nouvelle série. Pour le 4-MBC, le CSSC a relevé suffisamment d’éléments laissant penser qu’il pouvait agir comme perturbateur endocrinien sur les systèmes thyroïdien et œstrogénique, sans pouvoir fixer de dose sûre : il est interdit. Le triclosan est jugé sûr à 0,3 % dans les produits pour la peau (hors laits pour le corps), mais pas dans les bains de bouche pour les enfants et les adolescents, ni dans le dentifrice d’un enfant de moins de 3 ans qui utilise d’autres produits en contenant (règlement (UE) 2024/996).
Comment lire la liste des ingrédients ?
La liste figure sur l’emballage sous les noms INCI, la nomenclature internationale, souvent en anglais ou en latin. Trois règles du règlement européen aident à la lire (règlement (CE) n° 1223/2009, article 19).
- Les ingrédients sont rangés du plus abondant au moins abondant, au moment de leur incorporation.
- Sous 1 %, l’ordre n’est plus imposé. Les plafonds des conservateurs du tableau étant tous inférieurs à 1 %, ils se trouvent en fin de liste, où leur rang ne dit rien de leur dose.
- Le mot « parfum » (ou « aroma ») couvre toute la composition parfumante, sans le détail de ses molécules. Seuls certains allergènes doivent être nommés en plus.
Pour le reste, une recherche de quelques mots suffit : « paraben », « triclosan », « benzophenone », « camphor ». Les ingrédients d’origine végétale, eux, se lisent autrement : voici comment repérer les ingrédients végétaux sous leur nom latin. Sur les produits pour enfants, lisez aussi les mentions obligatoires : « Ne pas utiliser sur la zone du siège » signale un propylparabène ou un butylparabène dans un soin sans rinçage, « Ne pas utiliser chez les enfants de moins de 3 ans » un dentifrice au triclosan (règlement 1004/2014 ; règlement 2024/996).
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Ma Bible des remèdes naturels+ de 1 000 remèdes, recettes & conseils pour 60 maux du quotidienLes gestes simples pour réduire l’exposition
- Utilisez moins de produits. Pour le triclosan, le CSSC a pointé le risque des produits utilisés en même temps, chacun apportant sa part de la même substance (règlement 2024/996, considérants 15 et 16). Un dentifrice, un savon et un déodorant qui en contiennent tous s’additionnent.
- Pour bébé, faites simple. L’interdiction de deux parabènes avant 3 ans vise les soins qui restent sur la peau. Santé publique France conseille de limiter le nombre de produits d’hygiène, de ne pas parfumer bébé, d’éviter d’utiliser trop souvent des lingettes, qui ne se rincent pas, de prendre des couches non parfumées et sans lotion, et de choisir des produits simples comme l’huile d’amande douce pour les massages (Santé publique France, L’hygiène corporelle de bébé).
- Gardez votre crème solaire. Les filtres les plus discutés sont plafonnés ou retirés ; si un nom du tableau vous gêne, choisissez une crème qui ne le contient pas plutôt que de vous exposer sans protection. Pour l’indice et la texture, suivez nos conseils pour choisir sa crème solaire.
Selon Santé publique France, ces substances agiraient encore plus fortement pendant le développement de l’enfant, de la grossesse jusqu’à la fin de la puberté, et les 1 000 premiers jours de la vie (de la grossesse aux 2 ans de l’enfant) font l’objet d’une attention particulière (Santé publique France, Quelle période de la vie est la plus vulnérable ?).
Quand consulter ?
- Une réaction à un produit (rougeurs, démangeaisons) : l’Assurance maladie conseille de ne plus utiliser le produit suspect, de ne pas appliquer de crème sans avis médical et de prendre rendez-vous avec votre médecin traitant, même pour une première poussée isolée. Consultez au plus tôt si l’eczéma s’étend vite, si des cloques se remplissent de pus ou se couvrent de croûtes, ou si le traitement local l’aggrave (ameli.fr, Eczéma de contact : que faire et quand consulter ?).
- Des signes de puberté trop tôt chez un enfant : la poussée des seins avant 8 ans chez une fille, des testicules qui grossissent avant 9 ans chez un garçon. Les pédiatres endocrinologues demandent alors de consulter un médecin rapidement (AFPEL et AFPA, La puberté précoce expliquée aux enfants).
- Un projet de grossesse, une grossesse en cours ou des difficultés à concevoir : parlez de vos produits habituels à votre médecin ou à votre sage-femme, en apportant leurs listes d’ingrédients.
Inutile de vider la salle de bain d’un coup. Le secret de nos grands-mères tenait en peu de choses, un savon, de l’eau et une huile végétale, et c’est un bon point de départ.
FAQ
Le méthylparabène est-il un perturbateur endocrinien ?
Il figure sur la seconde liste de la Commission européenne, celle des substances aux propriétés perturbatrices potentielles qui restent à examiner (Commission européenne). En 2014, le CSSC avait confirmé l’innocuité du méthylparabène et de l’éthylparabène aux concentrations maximales autorisées (règlement 358/2014, considérant 7). Il reste donc autorisé, quand d’autres parabènes ont été interdits.
Existe-t-il des cosmétiques garantis sans perturbateurs endocriniens ?
Une mention « sans parabènes » ne parle que des parabènes : elle ne dit rien des filtres UV ni du parfum. Depuis le 12 avril 2024, toute entreprise qui met sur le marché des produits de la vie courante (hors médicaments) doit publier en ligne, sur une page dédiée ou dans l’application Scan4Chem, la présence de perturbateurs endocriniens avérés, présumés ou suspectés au-delà de 0,1 % de la masse du produit ou de son emballage (ministère de la Transition écologique, communiqué du 13 octobre 2023). Ces trois degrés de preuve sont expliqués dans notre page sur le classement des perturbateurs endocriniens par l’Anses.
Faut-il changer de cosmétiques pendant la grossesse ?
Pas forcément tous, mais c’est le bon moment pour faire le tri, puisque la grossesse ouvre la période la plus sensible. Laissez de côté ce dont vous pouvez vous passer, et gardez la question des autres pour votre sage-femme ou votre médecin. Un soin prescrit ne s’arrête jamais sans leur avis.
Sources
- Santé publique France, Que sont les perturbateurs endocriniens ?
- Santé publique France, Quelle période de la vie est la plus vulnérable aux perturbateurs endocriniens ?
- Santé publique France (1000 premiers jours), L’hygiène corporelle de bébé, 10 juin 2025
- Commission européenne, Endocrine disruptors (cosmétiques)
- Règlement (CE) n° 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques
- Règlement (UE) n° 358/2014 de la Commission du 9 avril 2014
- Règlement (UE) n° 1004/2014 de la Commission du 18 septembre 2014
- Règlement (UE) 2022/1176 de la Commission du 7 juillet 2022
- Règlement (UE) 2022/2195 de la Commission du 10 novembre 2022
- Règlement (UE) 2024/996 de la Commission du 3 avril 2024
- Ministère de la Transition écologique, information des consommateurs sur les perturbateurs endocriniens, 13 octobre 2023
- Assurance maladie, Eczéma de contact : que faire et quand consulter ?
- AFPEL et AFPA, La puberté précoce expliquée aux enfants
Virginie Verglas
Journaliste et autrice, Virginie a fondé Grands-Mères.net en 2012. Son nouveau livre, « Ma Bible des remèdes naturels », vient de paraître.