Plaquettes sanguines, comment lire sa prise de sang ?
Une ligne « plaquettes » en gras sur une prise de sang, un chiffre sous la norme, et l’inquiétude s’installe en attendant le rendez-vous chez le médecin. Ce chiffre se lit assez simplement, et seules quelques situations demandent d’appeler sans attendre.
À quoi servent les plaquettes sanguines ?
Les plaquettes, ou thrombocytes, sont de petites cellules sans noyau fabriquées dans la moelle osseuse. Dès qu’un vaisseau se blesse, elles s’y collent et s’agglutinent pour former un premier bouchon, que la coagulation vient ensuite consolider. L’Assurance Maladie les décrit comme des cellules qui participent « à la formation de caillots en cas d’hémorragie » (Assurance Maladie).
Quel est le taux normal de plaquettes ?
Selon l’Assurance Maladie, le taux normal de plaquettes est compris entre 150 000 et 400 000 par mm³ (Assurance Maladie). Beaucoup de laboratoires écrivent la même chose autrement : 150 à 400 G/L, soit 150 à 400 milliards de plaquettes par litre de sang.
Les bornes changent un peu d’une source à l’autre : le Manuel MSD retient par exemple 140 000 à 440 000 par mm³ (un mm³ équivaut à un microlitre) (Manuel MSD). L’Assurance Maladie rappelle que les valeurs de référence imprimées sur vos résultats varient « selon les techniques de dosage utilisées, le sexe et l’âge ». Comparez donc toujours votre chiffre à la norme de votre propre laboratoire.
Lire ses plaquettes sur une prise de sang
Les plaquettes sont comptées dans la numération formule sanguine (NFS), avec les globules rouges et les globules blancs. Le médecin lit votre chiffre avec l’ensemble de la NFS, votre état de santé et vos traitements.
Un chiffre bas peut être faux. Au contact de l’anticoagulant du tube de prélèvement (l’EDTA), les plaquettes de certaines personnes s’agglutinent en petits amas que l’automate ne compte pas. C’est la « fausse thrombopénie », sans aucune conséquence pour la santé. La Revue du Praticien demande de contrôler toute valeur sous 100 000 par mm³ sur un autre tube, dit citraté (La Revue du Praticien). Si votre médecin vous fait refaire la prise de sang, c’est souvent pour cette raison.
Pourquoi les plaquettes sont-elles basses ?
On parle de thrombopénie (ou thrombocytopénie) quand les plaquettes passent sous 150 000 par mm³ (La Revue du Praticien). Le Manuel MSD range les causes en trois familles : la moelle osseuse en fabrique trop peu, l’organisme les détruit trop vite, ou une rate grossie les retient (Manuel MSD). Parmi les causes qu’il cite :
- une infection virale, comme l’hépatite C, le VIH ou la mononucléose, ou une infection grave du sang ;
- certains médicaments, dont l’héparine, certains antibiotiques, la quinine et les traitements anticancéreux ;
- l’excès d’alcool et certains manques en vitamines, qui freinent la fabrication par la moelle ;
- une maladie auto-immune, en particulier le purpura thrombopénique immunologique (PTI), où le système immunitaire détruit ses propres plaquettes (Société nationale française de médecine interne) ;
- plus rarement, une maladie de la moelle osseuse, comme une leucémie ou un lymphome.
Plaquettes basses et foie
Une cirrhose fait grossir la rate, qui retient alors une partie des plaquettes, et l’excès d’alcool comme l’hépatite C peuvent aussi faire baisser le chiffre (Manuel MSD). Devant des plaquettes basses, le médecin peut donc demander un bilan du foie.
Les signes de plaquettes basses
Quand les plaquettes baissent, les signes sont ceux d’un sang qui coagule moins bien. Le Manuel MSD décrit :
- de minuscules points rouges sur la peau, les pétéchies, surtout sur le bas des jambes ;
- des bleus au moindre choc, voire sans choc ;
- des saignements des gencives ou du nez ;
- des règles plus abondantes que d’habitude ;
- du sang dans les selles ou les urines ;
- des saignements qui ont du mal à s’arrêter.
Le Manuel MSD situe le risque de saignement après un choc modéré sous 50 000 plaquettes par mm³, et le risque de saignement spontané sous 10 000 à 20 000 (Manuel MSD). Un bleu après s’être cogné contre un meuble n’a rien d’inquiétant, et se soigne comme d’habitude : nous en parlons sur notre page consacrée aux hématomes et aux bleus. Ce sont les bleus sans cause, nombreux ou étendus, qui doivent vous faire consulter.
Plaquettes basses et fatigue
Les sources médicales décrivent surtout des saignements, pas de la fatigue, comme signes du manque de plaquettes. Quand les deux vont ensemble, la fatigue peut venir de la cause (une infection, une maladie du foie) ou d’une anémie, que la même NFS mesure. Pâleur, fatigue et essoufflement à l’effort en sont les signes (Assurance Maladie), et notre page sur l’anémie par manque de fer dit ce qu’il faut faire d’abord. Une fatigue qui dure, avec des plaquettes basses, se montre au médecin.
Nouveau
Ma Bible des remèdes naturels+ de 1 000 remèdes, recettes & conseils pour 60 maux du quotidienDes plaquettes élevées, la thrombocytose
Au-dessus de la norme, on parle de thrombocytose. Le service d’hématologie du CHU de Lausanne la définit au-delà de 450 000 par mm³ (CHUV), et indique que huit fois sur dix, elle est une réaction de l’organisme à autre chose. Parmi les causes, le Manuel MSD cite une infection, une maladie inflammatoire, un manque de fer, un saignement, une opération ou l’ablation de la rate, ou encore certains cancers ; quand la cause est traitée, « la numération plaquettaire reviendra à des valeurs normales » (Manuel MSD). Dans les deux cas sur dix restants, elle vient d’une maladie de la moelle osseuse, comme la thrombocytémie essentielle, que l’hématologue recherche une fois les causes réactionnelles écartées.
Le risque d’un taux trop élevé est celui d’un caillot qui bouche un vaisseau, la thrombose (Assurance Maladie).
Plaquettes basses et grossesse
Pendant la grossesse, le nombre de plaquettes baisse doucement, et une thrombopénie légère touche environ une grossesse sur dix. C’est la thrombopénie gestationnelle : elle apparaît surtout aux deuxième et troisième trimestres, les plaquettes restent en général au-dessus de 100 000 par mm³, elle « ne doit pas provoquer de symptômes hémorragiques », ne demande qu’une surveillance, et disparaît dans les deux mois qui suivent l’accouchement (Journal de l’Association médicale canadienne).
Sous 100 000, une autre cause est à rechercher (Hémato à la une), dont la prééclampsie, qui figure parmi les causes citées par le Manuel MSD. Le suivi de grossesse est là pour ça : parlez de vos résultats à votre sage-femme ou à votre médecin.
Que faire en attendant le médecin ?
Nous n’avons trouvé aucune source médicale qui recommande un aliment, une plante ou un complément pour faire remonter les plaquettes : le traitement dépend de la cause, et c’est le médecin qui la cherche. En attendant, quelques précautions de bon sens, sourcées :
- Pas d’aspirine ni d’anti-inflammatoire de vous-même (ibuprofène compris) : la Société nationale française de médecine interne les déconseille formellement dans le PTI quand les plaquettes sont sous 50 000 par mm³, comme les anticoagulants (SNFMI). Demandez conseil à votre pharmacien pour soulager une douleur.
- N’arrêtez jamais un traitement prescrit, anticoagulant compris, sans l’avis du médecin qui l’a prescrit.
- Signalez vos médicaments au médecin qui lit votre prise de sang : certains font baisser les plaquettes.
- Limitez l’alcool, qui fait partie des causes connues.
En cas de coupure qui saigne, le geste reste le même que pour tout le monde : une compression ferme et prolongée, décrite sur notre page des gestes qui sauvent.
Plaquettes basses : quand s’inquiéter ?
Appelez le 15 (ou le 112) sans attendre :
- si un saignement ne s’arrête pas malgré une compression (Manuel MSD) ;
- si vous voyez du sang dans les selles ou des selles noires, ou un saignement gynécologique abondant (SNFMI) ;
- si un mal de tête inhabituel par son intensité ou sa durée apparaît alors que vos plaquettes sont basses (même source) ;
- si des taches rouges ou violacées apparaissent avec de la fièvre et ne s’effacent pas quand on appuie dessus : c’est un purpura, et avec de la fièvre, l’Assurance Maladie demande d’appeler immédiatement le 15 ou le 112 (Assurance Maladie).
Consultez rapidement votre médecin si vous voyez apparaître des pétéchies, des bleus sans raison, des saignements de nez ou de gencives répétés, des règles inhabituellement abondantes, ou du sang dans les urines ; si vos plaquettes sont basses et que vous êtes enceinte ; ou si une prise de sang montre un chiffre nettement hors norme, bas ou élevé.
FAQ
Les plaquettes basses chez l’enfant, est-ce grave ?
Chez l’enfant, la cause la plus connue est le purpura thrombopénique immunologique, et la Société nationale française de médecine interne indique qu’il « guérit dans 60 à 70 % des cas en quelques semaines ou mois » (SNFMI). Les normes du laboratoire tiennent compte de l’âge. Des pétéchies ou des bleus sans choc chez un enfant se montrent au médecin, et avec de la fièvre, c’est le 15.
Peut-on faire du sport avec des plaquettes basses ?
Oui, dans la plupart des cas. La SNFMI demande seulement d’éviter les sports à risque de chute ou de coup quand les plaquettes sont très basses, le but du traitement étant de « mener une vie normale » (SNFMI). Demandez à votre médecin ce qui est possible avec votre chiffre.
Faut-il arrêter l’aspirine avant une prise de sang ?
Non, pas de vous-même : un traitement prescrit ne s’arrête qu’avec l’avis du médecin, et vous signalez simplement vos médicaments au laboratoire. En revanche, avec des plaquettes basses et des saignements anormaux, le Manuel MSD déconseille les médicaments qui altèrent la fonction des plaquettes, « tels que l’aspirine ou les anti-inflammatoires non stéroïdiens » (Manuel MSD) : ne les prenez pas en automédication.
Virginie Verglas
Journaliste et autrice, Virginie a fondé Grands-Mères.net en 2012. Son nouveau livre, « Ma Bible des remèdes naturels », vient de paraître.