Cocooning : les rituels de grand-mère qui font du bien
Le cocooning, c’est l’art de se faire un nid douillet chez soi, pour s’y sentir bien quand il fait froid et que la nuit tombe tôt. Le mot date des années 1980, mais nos grands-mères en avaient déjà les gestes : elles ouvraient grand les fenêtres le matin, mettaient la soupe à mijoter, sortaient le tricot et la bouillotte, et recevaient la voisine autour d’une tisane.

D’où vient le mot cocooning ?
Le mot vient de l’anglais cocoon, le cocon. La spécialiste américaine des tendances Faith Popcorn l’a forgé en 1981, pour nommer le besoin de se protéger d’un monde extérieur dur et imprévisible (Faith Popcorn, en anglais). Le Larousse le définit plus simplement comme le « fait de se plaire dans un confort douillet » (Larousse).
L’Office québécois de la langue française décrit celle des années 2000 comme une « tendance à rechercher le bien-être avec les proches (couple, enfants, amis) dans l’environnement douillet et intime de la maison ». Il précise qu’à la différence du coconnage des années 1980 et 1990, elle « ne suppose pas un retranchement du monde extérieur » (OQLF). C’est ce cocooning-là que nous aimons, celui où l’on ferme la porte au froid en gardant une chaise pour la voisine.
Et le hygge, son cousin danois ?
Les Danois ont leur mot pour la même envie, le hygge. L’office du tourisme du Danemark le traduit à peu près par cosiness, le confort douillet, tout en jugeant la traduction trop étroite. Il y voit l’art de créer une atmosphère chaleureuse et de profiter des bonnes choses de la vie avec des gens qu’on aime (VisitDenmark, en anglais).
Le mot vient du vieux norvégien, où il voulait dire quelque chose comme « bien-être », et il apparaît dans les écrits danois vers la fin du 18e siècle. Les exemples donnés par l’office du tourisme sont la lueur d’une bougie, un film regardé blotti contre quelqu’un qu’on aime, une longue conversation entre amis et en famille. Le hygge se vit aussi l’été, autour d’un pique-nique ou d’un barbecue, quand le cocooning reste plutôt une affaire de maison et de saison froide.
Ouvrir grand le matin, puis sortir au jour
La journée douillette commence fenêtres ouvertes. On aérait chaque matin, et l’Anses conseille toujours d’ouvrir les fenêtres au moins 10 à 15 minutes par jour, même en hiver (Anses, en anglais). Un courant d’air franc, puis on referme.
Ensuite, on sort prendre le jour, même sous un ciel gris. Un tour du pâté de maisons dans la matinée ou les courses faites à pied comptent déjà. Quand le moral baisse avec la lumière, Santé.fr place ces deux gestes, « sortir davantage à la lumière du jour et bouger régulièrement », avant même la luminothérapie (Santé.fr). L’Assurance Maladie rappelle de son côté que l’activité physique « a un effet régulateur sur l’humeur » et qu’elle « favorise un bon sommeil » (ameli.fr).
Si votre moral tombe chaque année au même moment, notre page sur la dépression saisonnière aide à la distinguer d’un simple coup de blues d’hiver.
Se couvrir, et trouver un lit déjà chaud
Le confort de nos grands-mères passait par la laine avant le radiateur : un gros pull, des chaussettes épaisses, un plaid sur les genoux au fond du fauteuil, des rideaux tirés dès la tombée du jour. Contre le courant d’air sous la porte, elles cousaient un boudin rempli de chutes de tissu.
La bouillotte, glissée au fond du lit une demi-heure avant le coucher, réchauffe les draps et les pieds froids. Remplissez-la d’eau très chaude mais jamais bouillante, vissez bien le bouchon, et glissez-la dans sa housse ou dans une serviette pour qu’elle ne touche pas directement la peau. Pour un jeune enfant ou une personne âgée, vérifiez sa température à la main avant de la poser. En cas de diabète ou de troubles de la sensibilité ou de la circulation des pieds, l’Assurance Maladie conseille de ne pas exposer les pieds à une source de chaleur directe, bouillotte comprise (ameli.fr) : elle sert alors à tiédir les draps, et on la retire avant de se coucher.
La bouillotte sèche, un coussin de tissu rempli de noyaux de cerises, se chauffe au micro-ondes. La DGCCRF conseille de respecter la durée de sa notice, de choisir la plus courte en cas de doute, car les noyaux continuent de chauffer à la sortie du four, puis de la malaxer pour répartir la chaleur (DGCCRF).

Une soupe qui mijote, une tasse entre les mains
Une soupe qui mijote réchauffe la cuisine et embaume la maison avant même d’être servie. La soupe de potimarron en est le modèle : le potimarron se cuit avec sa peau, 25 minutes à couvert, et se mixe en velouté sans crème obligatoire.

L’après-midi, une tisane de tilleul ou de verveine se prépare à couvert, ce qui garde son parfum dans la tasse, comme nous l’expliquons pour préparer une infusion ; un chocolat chaud fait aussi l’affaire, avec une tranche de brioche.
Nouveau
Ma Bible des remèdes naturels+ de 1 000 remèdes, recettes & conseils pour 60 maux du quotidienUne maison qui sent bon, sans fumée
Pour parfumer la maison, le four et le fruitier suffisaient. Des pommes cuites à la cannelle parfument toutes les pièces pendant leur demi-heure de four. Une orange piquée de clous de girofle, qu’on appelait pomme d’ambre, se suspend un mois dans une armoire ou une entrée. Des écorces d’orange mises à sécher dans le four encore tiède, après le dîner, sentent bon toute la soirée.

Les bougies parfumées et l’encens sont tentants, mais leur combustion pollue l’air de la maison. Santé.fr cite le benzène, le formaldéhyde et les particules fines, et conseille de limiter leur usage, de ne pas en brûler plusieurs à la fois, de les éviter en présence de personnes sensibles et d’aérer en grand au moins 10 minutes après (Santé.fr). Une bougie allumée ne reste jamais sans surveillance, ni près d’un rideau, d’un plaid ou d’un coussin. Une guirlande lumineuse à piles donne la même lueur, sans flamme.
Les mains occupées
Le tricot, le crochet, un puzzle ou un carnet de recettes à recopier au propre se reprennent chaque soir là où on les avait laissés.
La pâtisserie occupe aussi les mains, et elle chauffe la cuisine. Le pain d’épices au miel de nos grands-mères cuit 40 minutes à 150 °C, puis attend 24 heures avant d’être coupé.
Le soir, on lit sous une lampe de chevet, le téléphone laissé dans une autre pièce.
Recevoir, ou aller chez les autres
Le cocooning de nos grands-mères se vivait à plusieurs : le café chez la voisine, les cartes du dimanche, la soupe pour quatre quand la famille passait. Une main tenue, un câlin, un enfant sur les genoux entretiennent ces liens, et le CNRS décrit l’ocytocine, l’une des hormones du bonheur, comme centrale dans « la construction des liens sociaux » (CNRS).
Quand le moral flanche, l’Assurance Maladie conseille justement de conserver « des liens avec votre famille, vos amis, vos collègues de travail » (ameli.fr). Si vous vivez seul, un rendez-vous fixe dans la semaine évite d’avoir à se décider le jour venu, qu’il s’agisse du jeudi chez une amie, de la chorale ou du club de tarot.
Notre soirée cocooning
- En fin d’après-midi, ouvrez les fenêtres en grand 10 minutes, puis refermez et tirez les rideaux.
- Mettez la soupe à mijoter et changez-vous pendant qu’elle cuit, gros pull et chaussettes de laine.
- Éteignez le plafonnier et allumez deux ou trois lampes basses.
- Après le dîner, prenez un bain de pieds au gros sel et au bicarbonate, une dizaine de minutes, devant un film. L’eau se vérifie à la main ou au coude avant d’y plonger les pieds, et l’Assurance Maladie conseille de ne pas dépasser 37 °C pour la toilette des pieds (ameli.fr).
- Glissez la bouillotte au fond du lit (à retirer avant de vous coucher en cas de diabète ou de mauvaise circulation des pieds), puis finissez la soirée avec une tisane et un livre.
Quand en parler à quelqu’un
Ces rituels accompagnent la saison sombre, ils ne soignent pas une dépression. Parlez-en à votre médecin traitant si une tristesse constante, ou la perte d’intérêt et de plaisir pour ce que vous aimiez faire, dure plus de quinze jours, surtout si le sommeil ou l’appétit changent. Ce sont des repères de l’Assurance Maladie pour reconnaître un épisode dépressif (ameli.fr). Un coup de cafard et une dépression ne se ressemblent pas : notre page sur la déprime en donne les signes.
Si des idées noires ou des idées de suicide apparaissent, chez vous ou chez un proche, appelez le 3114, le numéro national de prévention du suicide. Il est gratuit, ouvert 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 dans toute la France, et un professionnel formé à la prévention du suicide y répond (3114.fr). Si ces idées deviennent envahissantes, ou si un passage à l’acte est envisagé, appelez immédiatement le 15 ou le 112 (ameli.fr).
Questions fréquentes
Comment dit-on cocooning en français ?
Le français a gardé le mot anglais. Au Québec, l’Office québécois de la langue française propose « nidification » pour la tendance des années 2000, celle qui se vit avec ses proches.
Le cocooning, est-ce s’enfermer chez soi ?
Pas forcément : le cocooning d’aujourd’hui se vit avec ceux qu’on aime, et la porte reste ouverte aux visites. Si l’envie de voir du monde a disparu depuis plus de quinze jours, ce n’est plus du cocooning, et c’est un signe à montrer à son médecin.
Comment faire du cocooning avec des enfants ?
Les enfants aiment la cabane de draps tendue entre deux chaises, la lecture à voix haute sous le plaid et le pain d’épices qu’ils ont aidé à mélanger. Pour eux, la bougie se remplace par une guirlande lumineuse à piles, et la bouillotte se donne tiède, vérifiée à la main par un adulte, dans sa housse.
Virginie Verglas
Journaliste et autrice, Virginie a fondé Grands-Mères.net en 2012. Son nouveau livre, « Ma Bible des remèdes naturels », vient de paraître.