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Enlever une tache de goudron sur tissu, cuir et voiture

Enlever une tache de goudron sur tissu, cuir et voiture

Virginie Verglas Mis à jour le 23/07/2026 13 min

Une tache de goudron n’est pas une tache comme les autres : c’est un corps gras qui durcit en refroidissant. L’eau et le savon glissent dessus sans rien emporter, et frotter à sec ne fait que l’étaler dans les fibres. La méthode qui fonctionne tient en trois temps : ramollir le goudron avec un autre corps gras, absorber ce qui remonte avec une poudre d’argile, puis dégraisser le support. Tout le reste n’est qu’une affaire d’adaptation à la matière.

Pourquoi le goudron résiste à l’eau ?

Ce que l’on rapporte sous ses semelles au bord d’une route fraîchement refaite est presque toujours du bitume. L’INRS le définit comme « un mélange d’hydrocarbures lourds, voire très lourds, car il est solide à température ambiante » (INRS, bitume, foire aux questions). Un mélange d’hydrocarbures ne se dissout pas dans l’eau : c’est toute l’explication de son entêtement.

Le vrai goudron, lui, est autre chose. Le même institut précise qu’il « ne doit pas être confondu avec le goudron qui est issu de la transformation de la houille », et que ce dernier « est mille fois plus riche en substances CMR (cancérogène, mutagène, reprotoxique) que le bitume ». Il n’est plus employé pour les routes, mais on en croise encore sur de vieux revêtements et des bois traités : raison de plus pour porter des gants et ne pas manipuler ces résidus à mains nues.

De cette nature grasse découle toute la marche à suivre. Le réflexe domestique consiste à répondre au corps gras par un autre corps gras : le beurre, la margarine et l’huile de table sont ce que l’on pose traditionnellement sur le bitume durci pour lui faire lâcher les fibres, comme sur une tache de gras ordinaire. Une argile absorbante prend ensuite le relais, et un savon dégraissant termine le travail.

Avant de commencer

Quelques réflexes valent pour tous les supports, et ce sont eux qui évitent de transformer une petite tache en grande auréole. Ce sont les mêmes que pour toutes les taches du quotidien, avec une exigence de patience supplémentaire.

  • Retirez d’abord l’excédent avec le dos d’une cuillère, une spatule en bois ou une carte rigide, jamais avec une lame.
  • Testez toujours le produit sur une couture intérieure, un ourlet ou un coin caché avant de traiter la zone visible.
  • Travaillez du bord vers le centre de la tache, pour ne pas l’agrandir.
  • Glissez un linge propre ou du papier absorbant sous le tissu, afin que ce qui se décolle soit récupéré et non transféré.
  • Ne passez jamais un vêtement au sèche-linge ni au fer avant que la tache ait complètement disparu : la chaleur la fixe et rend le rattrapage bien plus long.
  • Mettez des gants pour manipuler les résidus, en particulier sur un vieux revêtement ou un bois traité, où du goudron de houille peut subsister.

La méthode de base, en trois temps

Cette séquence est le cœur de l’article. Les sections suivantes ne font que l’ajuster à chaque matière.

  1. Ramollir. Massez la tache avec un peu de beurre, de margarine ou d’huile de table et laissez agir 10 à 15 minutes. Le goudron perd sa dureté et lâche prise.
  2. Absorber. Épongez le gras remonté au papier absorbant, puis saupoudrez généreusement de terre de Sommières. Cette argile appartient « à la famille de la montmorillonite, ou smectite » et doit son pouvoir absorbant à sa structure en feuillets, dont « les feuillets adhèrent moins bien entre eux que dans les autres argiles », si bien que d’autres molécules viennent s’y insérer (Futura Sciences, à quoi sert la terre de Sommières). Laissez poser plusieurs heures, l’idéal étant une nuit entière, puis brossez ou aspirez. La même terre de Sommières vient à bout d’une tache de cire de bougie figée dans le tissu.
  3. Dégraisser. Frottez la trace résiduelle avec du savon de Marseille humide, du savon noir dilué ou quelques gouttes de liquide vaisselle, puis rincez à l’eau tiède.

Si une ombre subsiste, recommencez le cycle entier avant de sécher. Deux passages doux valent mieux qu’un passage violent.

Sur les vêtements et les tissus

Vérifiez d’abord la composition sur l’étiquette : c’est elle qui commande la méthode, bien plus que l’aspect de la tache.

Coton, lin et jean

Ce sont les matières les plus faciles. Grattez l’excédent, massez au beurre ou à l’huile, laissez agir un quart d’heure, épongez, puis couvrez de terre de Sommières pour la nuit. Brossez le lendemain, savonnez la trace au savon de Marseille et lavez à 40 °C. Sur du coton blanc, un second cycle vient à bout des dernières ombres grises.

Le corps gras qui a servi à ramollir laisse parfois sa propre marque : elle se traite comme une tache de beurre et part au lavage. Sur du blanc, beaucoup de grands-mères frottaient ensuite la trace résiduelle au jus de citron avant de passer le vêtement en machine. Réservez-le au blanc : sur une couleur, le citron peut éclaircir le tissu s’il sèche au soleil.

Textiles synthétiques

Le polyester, l’acrylique et surtout l’acétate supportent très mal les solvants, qui peuvent les ternir, les rétracter ou les dissoudre. Restez donc sur l’huile végétale : tamponnez, laissez agir dix minutes, dégraissez avec quelques gouttes de liquide vaisselle sur un linge humide, puis lavez à basse température.

Laine, soie et velours

Ces matières ne tolèrent ni l’eau chaude ni le frottement. Grattez délicatement l’excédent, posez une bonne épaisseur de terre de Sommières et laissez la poudre travailler toute une nuit, sans rien frotter. Brossez ensuite très doucement, dans le sens du poil pour le velours.

Ne poncez jamais un velours au papier de verre : vous arracheriez le poil et la marque serait pire que la tache. Pour une soie ou une pièce de valeur, le nettoyage professionnel reste le choix le plus sûr.

Fourrure, peau lainée et satin

Sur une fourrure ou une peau lainée, grattez la surface du bout de l’ongle pour ôter le plus gros, saupoudrez généreusement de terre de Sommières (à défaut, de la sciure de bois fine), frottez avec un torchon sec puis brossez et aspirez les résidus.

Pour du satin, imbibez du papier absorbant d’huile de tournesol, tamponnez la tache sans appuyer, puis lavez le vêtement à la main.

Sur le cuir, le daim et le nubuck

Ces matières se détachent, mais elles se renourrissent ensuite : le dégraissage les assèche toujours un peu.

Cuir lisse

  1. Retirez le goudron en excès avec une cuillère.
  2. Tamponnez la tache avec un chiffon imbibé de glycérine pour la ramollir.
  3. Une fois le goudron assoupli, frottez avec un linge propre saupoudré de terre de Sommières.
  4. Terminez par un lait pour cuir ou un cirage naturel, qui rend au cuir ce que le détachage lui a pris.

Évitez l’eau chaude, qui rétracte la peau, et tout solvant, qui décolore et craquelle la fleur du cuir.

Daim et nubuck

Tant que le goudron est mou, retirez-en le maximum avec une spatule en bois ou une éponge abrasive sèche. S’il a durci, ramollissez-le en déposant un peu de beurre au couteau, laissez agir, puis grattez à nouveau : le cuir se nourrit de corps gras, là où une pierre poreuse ne ferait que les boire. Saupoudrez ensuite de terre de Sommières, laissez agir quelques heures et brossez avec une brosse à daim en crêpe pour relever le poil.

N’utilisez pas d’eau sur ces cuirs : elle laisse une auréole souvent plus visible que la tache d’origine.

Sur la carrosserie d’une voiture

Les projections de goudron sur les bas de caisse et les ailes se traitent avec la même logique, à condition de ne jamais agresser le vernis.

  1. Lavez la zone à l’eau savonneuse et laissez sécher : le sable et les gravillons rayeraient la peinture au moindre frottement.
  2. Imbibez un chiffon microfibre d’huile végétale et posez-le sur les points de goudron pendant 5 à 10 minutes.
  3. Essuyez en tamponnant, sans frotter, en changeant souvent de face de chiffon.
  4. Lavez au shampooing auto ou à l’eau additionnée de liquide vaisselle, puis rincez abondamment.
  5. Repassez une cire de protection sur la zone : le dégraissage a emporté la couche existante.

Ne grattez jamais avec un ustensile métallique ni une éponge abrasive. Le vernis se raye instantanément, et la réparation coûte bien plus cher que la tache. Si le goudron est parti sur vos vêtements pendant l’opération, traitez-les comme des taches de cambouis, dont la nature grasse est très proche.

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Sur les sols et les surfaces dures

Carrelage et lino

Déposez de l’huile végétale sur la trace, laissez agir dix minutes, puis frottez à l’eau chaude additionnée de liquide vaisselle avec une brosse à poils souples. Rincez à l’eau claire et séchez avec un linge propre.

Béton et ciment

Saupoudrez la tache de terre de Sommières ou de ciment en poudre et laissez agir toute la nuit. Balayez le lendemain, puis brossez au savon noir dilué ou passez au nettoyeur haute pression.

Pierre, marbre, brique et terre cuite

Grattez l’excédent, puis appliquez une couche épaisse de terre de Sommières sèche, couvrez d’une assiette retournée et laissez agir une nuit. Brossez, répétez si nécessaire, puis lavez au savon noir dilué et rincez.

Deux précautions comptent ici plus qu’ailleurs. N’appliquez pas de beurre ni d’huile sur une pierre poreuse comme le grès, la brique ou la terre cuite : vous remplaceriez la tache de goudron par une auréole de gras, souvent plus difficile encore à rattraper. Et n’attaquez jamais le marbre au vinaigre ou au citron : ces acides piquent la pierre et y laissent une marque mate définitive.

Sur le bois

  • Bois brut : grattez l’excédent, frottez au savon noir dilué à la brosse, rincez peu et séchez aussitôt. Si la trace persiste, un ponçage léger au grain fin dans le sens du fil, suivi d’une huile ou d’une cire, refait la surface.
  • Bois peint ou vernis : posez un chiffon doux imbibé d’huile végétale sur la tache, laissez agir, essuyez, puis nettoyez à l’eau savonneuse tiède. Pas d’abrasif, qui ternirait la finition.
  • Bois ciré : ramollissez à l’huile, essuyez délicatement, puis passez une nouvelle couche de cire sur la zone traitée.
  • Teck : brossez au savon noir dans le sens du fil, rincez brièvement, séchez, puis renourrissez à l’huile de teck.

Les produits qu’il faut laisser de côté

Beaucoup de guides de détachage anciens envoient encore vers les solvants chlorés, l’ammoniaque, le white-spirit ou l’essence de térébenthine. Aucun de ces produits n’a sa place dans un placard domestique pour ce genre de tache, et la première raison est qu’un simple corps gras fait le même travail sur du bitume. La seconde tient à la façon dont on s’y expose : l’INRS rappelle que les solvants pénètrent dans l’organisme par « la voie respiratoire (grâce à leur volatilité) » et par « la voie cutanée (quel que soit l’état de la peau) » (INRS, solvants, ce qu’il faut retenir). Autrement dit, l’exposition ne s’arrête pas à ce que l’on respire.

Deux règles valent pour tout ce que vous garderez sous l’évier.

  • N’associez jamais deux produits d’entretien. L’ADEME est explicite : « Ne mélangez jamais l’eau de javel avec un produit contenant de l’acide (décapant, détartrant…) ou de l’ammoniac : cela entraîne la formation d’un mélange gazeux et nocif, pouvant provoquer une irritation des yeux, une toux, des crises d’asthme ou encore des nausées… » (ADEME, des précautions à prendre avec les produits ménagers).
  • Cela vaut aussi pour le vinaigre, que l’on croit inoffensif. L’Anses et les centres antipoison rappellent que « la combinaison eau de javel/vinaigre (ou autre acide) produit un dégagement de chlore gazeux ». Sur les cas recensés, « près de la moitié des patients exposés nécessitait une prise en charge médicale » et, sur les cinq patients hospitalisés, trois ont été placés en réanimation (Anses, ne jamais mélanger javel et vinaigre).

En pratique : un seul produit à la fois, rinçage à l’eau claire avant d’en changer, et fenêtre ouverte.

Les erreurs à éviter

  • Frotter la tache à sec. Le goudron s’étale et pénètre plus profondément dans les fibres.
  • Laver puis sécher sans vérifier. Une tache passée au sèche-linge ou sous le fer devient très difficile à rattraper.
  • Poncer un textile, velours compris : le papier de verre arrache le poil et la trace reste.
  • Mouiller du daim ou du nubuck, qui gardent la marque de l’eau.
  • Mettre un corps gras sur une pierre poreuse ou un bois brut, qui l’absorbent aussitôt et gardent l’auréole.
  • Utiliser un acide sur du marbre, vinaigre et citron compris.

Éviter les taches de goudron

  • Soyez attentif lorsque vous marchez ou roulez sur un revêtement fraîchement posé.
  • Ne stationnez pas sur du goudron chaud, qui tache pneus et bas de caisse.
  • Protégez chaussures et vêtements si vous participez à des travaux de goudronnage.
  • Gardez un petit sachet de terre de Sommières dans le placard : sur une tache fraîche, elle fait la moitié du travail à elle seule.

Une tache de goudron impressionne toujours plus qu’elle ne résiste. En traitant vite, avec un corps gras puis une argile absorbante, on s’en sort dans la grande majorité des cas sans produit agressif. La patience et un second passage valent mieux que la force.

Réponses aux questions fréquentes

Une tache de goudron ancienne peut-elle encore partir ?

Oui, mais il faut plusieurs cycles. Le bitume durci se ramollit toujours au contact d’un corps gras, simplement plus lentement : laissez agir le beurre ou l’huile une trentaine de minutes plutôt qu’un quart d’heure, puis laissez la terre de Sommières poser une nuit entière. Comptez deux ou trois répétitions sur une tache de plusieurs mois.

Le bicarbonate de soude est-il efficace sur le goudron ?

Pas pour décoller la tache. Le bicarbonate est un abrasif très doux et un désodorisant, mais il ne ramollit pas les hydrocarbures. Il rend service en fin de parcours, en pâte avec un peu d’eau, pour frotter la trace grise résiduelle sur un support solide. Le vrai travail se fait avant lui, avec le corps gras et l’argile.

La terre de Sommières convient-elle à toutes les matières ?

Elle s’emploie sur presque tout, textiles délicats compris, parce qu’elle agit à sec et sans frotter. Deux réserves : elle est peu efficace sur une tache déjà lavée et séchée, et sa poudre très fine s’incruste dans les tissus à mailles lâches ou bouclés, où il faut alors bien aspirer. Sur une surface très claire, faites un essai dans un coin.

Que faire si le vêtement est déjà passé au sèche-linge ?

La chaleur a fixé la tache, mais tout n’est pas perdu. Reprenez le cycle complet en allongeant les temps de pose, et répétez-le plusieurs fois de suite sans jamais sécher entre deux essais. Si le vêtement a de la valeur, mieux vaut s’arrêter là et le confier à un nettoyeur plutôt que d’insister sur la fibre.

Faut-il faire appel à un professionnel ?

C’est le bon réflexe pour une soie, un cuir clair, un tapis ancien, un marbre ou une grande surface de pierre. Ces supports pardonnent mal l’erreur, et une intervention ratée coûte plus cher que le nettoyage lui-même. Indiquez au professionnel ce que vous avez déjà appliqué : cela conditionne le traitement qu’il pourra employer.

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Portrait de Virginie Verglas

Virginie Verglas

Journaliste et autrice, Virginie a fondé Grands-Mères.net en 2012. Son nouveau livre, « Ma Bible des remèdes naturels », vient de paraître.

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