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Côlon irritable : nos remèdes de grand-mère au quotidien

Côlon irritable : nos remèdes de grand-mère au quotidien

Virginie Verglas Publié le 07/08/2026 11 min
France · Français

Des douleurs du ventre qui se calment après être allé à la selle, une sensation de tension après les repas, un transit qui balance entre la diarrhée et la constipation : c’est le tableau du syndrome de l’intestin irritable, que l’on appelle aussi côlon irritable ou colopathie fonctionnelle. Il concerne environ 5 % de la population française. Il est bénin, et il gâche pourtant les journées. Une chose avant tout le reste : ces symptômes ne lui appartiennent pas en propre.

On ne s’auto-diagnostique pas un côlon irritable

C’est le point qui commande toute cette page. Un ventre douloureux, des ballonnements et une alternance diarrhée-constipation sont aussi les signes d’une maladie cœliaque, d’une intolérance au lactose, d’une maladie inflammatoire chronique de l’intestin, d’une infection ou d’une parasitose intestinale, et parfois d’un cancer colorectal. Le diagnostic de côlon irritable se pose donc en écartant ces autres pistes, et cela ne se fait pas seul devant un moteur de recherche.

L’Assurance maladie décrit des critères précis : des douleurs abdominales récurrentes, en moyenne au moins 1 jour par semaine dans les 3 derniers mois, avec au moins deux des trois éléments suivants : elles sont soulagées par l’émission des selles, elles s’accompagnent d’une modification de la fréquence des selles, ou de leur consistance. Dans les formes typiques, aucun examen complémentaire n’est utile : l’examen médical et l’interrogatoire suffisent le plus souvent (ameli.fr, consultation et traitement).

Un épisode aigu qui passe en quelques jours relève, lui, de nos remèdes contre la gastro et non d’une colopathie, même si un antécédent de gastro-entérite figure parmi les facteurs qui favorisent ensuite les crises. Et si votre seule gêne est un ventre gonflé, sans le reste du tableau, regardez plutôt du côté des causes de ballonnements.

Les remèdes qui suivent s’adressent donc à une personne dont le diagnostic a été posé. Ils soulagent l’inconfort, ils ne traitent pas la maladie : aucun médicament ne guérit définitivement un syndrome de l’intestin irritable, et aucune tisane ne fera mieux.

Avant de commencer

Trois précautions valent pour tout ce qui suit.

  • N’empilez pas les remèdes. Un seul à la fois, sur quelques semaines, permet de juger. Deux ensemble ne vous apprennent rien.
  • Prévenez votre médecin ou votre pharmacien si vous suivez un traitement : plusieurs plantes de cette page ont des contre-indications et peuvent gêner l’absorption des médicaments.
  • Enceinte, allaitante, ou pour un enfant : ne lancez rien de vous-même. La plupart des préparations ci-dessous ne conviennent ni à la grossesse ni aux plus jeunes.

Les repas réguliers, avant les tisanes

C’est le remède le moins spectaculaire et celui qui rapporte le plus. L’Assurance maladie conseille 3 repas par jour à horaires réguliers, sans en sauter, ni trop ni trop peu, pris lentement, au calme, sans faire autre chose en même temps, et bien mastiqués. Elle recommande aussi 1 à 1,5 litre d’eau par jour et de réduire la caféine, les boissons gazeuses et l’alcool (ameli.fr, que faire et quand consulter). Nos grands-mères y ajoutaient un grand verre d’eau tiède à jeun, une demi-heure avant le petit-déjeuner, avec un demi-citron sauf en cas de reflux.

L’activité physique quotidienne, elle, fait partie du traitement : l’Assurance maladie lui attribue une amélioration de la qualité de vie, du sommeil et de la résistance à la fatigue, et une baisse de l’anxiété. La marche suffit, tout comme le reste de nos habitudes qui facilitent la digestion.

Le journal alimentaire, pour trouver vos déclencheurs

Tenez pendant deux semaines un carnet où vous notez chaque repas et les symptômes qui suivent : c’est la manière la plus simple de repérer ce qui vous gêne, vous, car la liste n’est pas la même d’une personne à l’autre. Les aliments riches en FODMAP reviennent souvent : lactose, blé, orge et seigle, oignon, ail, chou, brocoli, artichaut, légumineuses, pomme, poire, cerise, prune, miel, fruits secs, édulcorants de synthèse. L’Assurance maladie décrit un protocole en trois temps : exclure les aliments suspects 2 à 6 semaines pour juger de l’amélioration, réintroduire progressivement pour trouver son seuil de tolérance, puis personnaliser son alimentation.

Deux garde-fous vont avec, et ils comptent autant que le régime lui-même. Ne cumulez pas plusieurs régimes et n’allez pas vers un régime trop restrictif : le risque de carences est réel. Et n’entretenez pas un régime qui ne marche pas : s’il n’est pas efficace d’emblée, ou s’il perd son efficacité au bout de 2 mois, on l’arrête. Le bon interlocuteur pour cette étape est une diététicienne, sur les conseils de votre médecin.

Côté fibres, une nuance propre au côlon irritable : privilégiez les fibres solubles et modérez les insolubles (pois, haricots secs, brocolis, chou, oignons, son), qui majorent les ballonnements en fermentant dans le côlon.

L’infusion de fenouil et de camomille

Le duo classique du répertoire familial contre le ventre noué. L’Agence européenne des médicaments retient l’usage traditionnel du fruit de fenouil contre les troubles digestifs spasmodiques légers, ballonnements et flatulences compris (EMA, fenouil amer), et le même usage pour la fleur de camomille matricaire (EMA, fleur de matricaire).

  • Le geste qui change tout : écrasez les graines de fenouil juste avant l’infusion, 4 ou 5 pressions du dos d’une cuillère dans un bol.
  • Les quantités : 1,5 g de graines dans 250 ml d’eau bouillante, avec 1 c. à café de fleurs de camomille séchées. Couvrez, infusez 15 minutes, filtrez.
  • Le rythme : 1 tasse tiède 3 fois par jour, volontiers 20 minutes après les repas principaux.
  • La durée : pas plus de 2 semaines d’affilée, la limite fixée par l’EMA pour le fenouil.

Cette infusion est réservée à l’adulte et à l’adolescent de plus de 12 ans. Le fenouil est déconseillé pendant la grossesse et l’allaitement, faute de données suffisantes, et se retire en cas d’allergie aux ombellifères (anis, carvi, céleri, coriandre, aneth) ou au pollen d’armoise ; par précaution, demandez l’avis de votre médecin en cas d’antécédent de cancer hormonodépendant. La camomille, elle, est interdite en cas d’allergie aux astéracées.

La variante à la mélisse se boit entre les repas ou au moment d’une crise : 1 c. à café de feuilles séchées dans 250 ml d’eau frémissante, couvert, 10 minutes, 2 à 3 tasses par jour. L’EMA retient là aussi un usage traditionnel contre les troubles digestifs légers avec ballonnements et flatulences, chez l’adulte et l’enfant de plus de 12 ans (EMA, feuille de mélisse). Elle est déconseillée en cas d’hypothyroïdie.

Les capsules de menthe poivrée gastro-résistantes

C’est le seul remède de cette page que l’Assurance maladie cite nommément dans la prise en charge du syndrome de l’intestin irritable : prises à distance des repas, les gélules gastro-résistantes libèrent l’huile essentielle dans l’intestin grêle et y exercent une action antispasmodique locale. L’Agence européenne des médicaments retient le même usage, bien établi, pour soulager les spasmes, les flatulences et les douleurs abdominales, en particulier chez les personnes souffrant d’un syndrome de l’intestin irritable (EMA, huile essentielle de menthe poivrée).

Ces capsules s’achètent en pharmacie : 1 capsule standardisée à 0,2 ml, 3 fois par jour, 15 à 30 minutes avant les repas, avalée entière avec un grand verre d’eau. Ne la croquez jamais, c’est l’enrobage qui fait tout le travail en empêchant l’huile de se libérer dans l’estomac. Comptez 4 à 8 semaines pour juger.

Elles ne conviennent pas en cas de reflux gastrique, de hernie hiatale, de calculs biliaires ou de tout autre trouble des voies biliaires, de maladie du foie et d’achlorhydrie. Elles sont également écartées chez les personnes épileptiques ou ayant des antécédents de convulsions, chez la femme enceinte ou allaitante, et avant 12 ans.

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Les probiotiques

Il existe fréquemment une dysbiose dans le syndrome de l’intestin irritable, c’est-à-dire une baisse de la diversité des populations microbiennes de l’intestin. C’est sur ce constat que l’Assurance maladie situe l’intérêt des probiotiques, qui peuvent restaurer le microbiote et améliorer le confort intestinal. Elle précise que le médecin les prescrit pour une durée déterminée, le temps d’évaluer l’amélioration : ce n’est pas un complément qu’on prend indéfiniment parce qu’il ne fait pas de mal.

En pratique, une gélule le matin à jeun avec un verre d’eau tiède, environ 10 milliards d’UFC, pendant au moins 8 semaines. Les souches les plus souvent citées sont Bifidobacterium bifidum, Lactobacillus rhamnosus GG et Lactobacillus plantarum. Conservez le flacon au réfrigérateur si le fabricant le demande.

Le psyllium, quand la constipation domine

Le tégument de psyllium blond est une fibre soluble qui gonfle au contact de l’eau et forme un gel. L’EMA retient son emploi pour l’apport en fibres chez les personnes atteintes d’un syndrome de l’intestin irritable avec constipation : c’est cette forme-là qui en tire parti, pas les autres. Une réserve, et elle est de taille : l’Assurance maladie note qu’en cas de constipation, les laxatifs osmotiques sont préférés aux laxatifs de lest, susceptibles de majorer la sensation de ballonnement. Le psyllium en fait partie, et il peut donc aggraver un ventre gonflé.

Commencez par 1 c. à café rase dans un grand verre d’eau, bue immédiatement, suivie d’un second verre, et n’augmentez les fibres que très progressivement, sur une dizaine de jours. Le reste, la règle du grand verre et l’écart à respecter avec les médicaments, est détaillé dans le mode d’emploi du psyllium. Les autres gestes de fond du transit paresseux sont réunis dans nos remèdes de grand-mère contre la constipation.

Le massage du ventre et la respiration d’avant repas

Rien à avaler ici, et ce sont les deux gestes les plus faciles à garder dans la durée. Le massage : allongez-vous sur le dos, genoux fléchis, réchauffez 1 c. à café d’huile végétale (amande douce ou macadamia) entre vos mains, puis décrivez des cercles avec la paume dans le sens des aiguilles d’une montre, du nombril vers l’extérieur, 5 à 10 minutes, matin et soir. On ne le pratique pas en cas de douleur aiguë, de fièvre, pendant la digestion (attendez 2 heures) ni pendant la grossesse.

La respiration : avant chaque repas, asseyez-vous, posez une main sur le ventre et respirez 5 minutes en gonflant le ventre 5 secondes, en retenant 5 secondes, puis en dégonflant 5 secondes. L’Assurance maladie range la relaxation, la sophrologie, le yoga et l’hypnose parmi les approches utiles pour mieux gérer les crises.

Les erreurs à éviter

  • Se déclarer soi-même « côlon irritable » parce que le tableau ressemble. C’est le diagnostic d’élimination par excellence, et l’erreur coûte du temps sur des maladies qui, elles, ne s’arrangent pas seules.
  • Empiler les régimes d’exclusion, ou en maintenir un qui ne donne rien. Le risque de carences est réel, et il est mesurable, contrairement au bénéfice supposé.
  • Supprimer le gluten « au cas où » sans maladie cœliaque diagnostiquée.
  • Croquer une capsule gastro-résistante de menthe poivrée : elle ne sert plus à rien et peut déclencher un reflux.
  • Installer un laxatif dans la durée, plante comprise, sans avis médical.

Quand consulter

Certains signes ne sont pas ceux d’un côlon irritable, et c’est précisément ce qui les rend importants.

Appelez le 15 ou le 112 sans attendre si vous vomissez, avec des douleurs abdominales et l’impossibilité d’émettre des gaz : c’est le tableau d’une occlusion intestinale (ameli.fr, constipation de l’adulte).

Consultez votre médecin traitant dans les situations suivantes, listées par l’Assurance maladie :

  • du sang rouge dans les selles, ou des selles noires ;
  • des antécédents familiaux de cancer colorectal ;
  • de premiers symptômes digestifs, surtout après 50 ans ;
  • une modification récente de vos symptômes, ou une perte de poids involontaire ;
  • des symptômes qui apparaissent la nuit ;
  • de la fièvre ;
  • des symptômes apparus après un voyage à l’étranger.

Prenez rendez-vous si vos symptômes durent depuis plus de trois mois, même s’ils vous paraissent supportables : c’est ainsi que le diagnostic se pose, et c’est aussi ce qui permet d’écarter le reste.

Le côlon irritable ne se guérit pas, il s’apprivoise. Ce qui change vraiment les journées tient rarement à la tisane et souvent au rythme : des repas à heures fixes, pris assis et sans écran, une marche quotidienne, et un carnet qui finit par nommer les deux ou trois aliments responsables. Les remèdes viennent par-dessus, un à la fois.

FAQ

Le côlon irritable augmente-t-il le risque de cancer du côlon ?

Non. L’Assurance maladie est explicite : le syndrome de l’intestin irritable n’augmente pas le risque de développer un cancer du côlon, et il ne nécessite aucune chirurgie. C’est justement pour cela que le diagnostic doit être posé : une fois qu’il l’est, il rassure.

Faut-il arrêter le gluten quand on a un côlon irritable ?

Une alimentation pauvre en gluten peut diminuer les symptômes, en particulier dans les formes avec diarrhée chronique. Mais le côlon irritable n’a rien à voir avec la maladie cœliaque, et l’Assurance maladie ne voit pas d’indication à supprimer le gluten de son alimentation. En l’absence d’allergie prouvée ou d’intolérance diagnostiquée, aucun aliment n’est exclu par principe.

Est-ce que c’est « dans la tête » ?

Non, et la formule est aussi fausse que blessante. L’Assurance maladie décrit un trouble du fonctionnement de l’intestin : une perturbation de l’axe entre le cerveau et l’intestin, des contractions anormales et une hypersensibilité intestinale. Le stress, la fatigue et l’anxiété déclenchent ou aggravent les crises, ils ne les inventent pas.

Ces remèdes sont issus du livre « Ma Bible des remèdes naturels » de Virginie Verglas, fondatrice de Grands-Mères.net.

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Portrait de Virginie Verglas

Virginie Verglas

Journaliste et autrice, Virginie a fondé Grands-Mères.net en 2012. Son nouveau livre, « Ma Bible des remèdes naturels », vient de paraître.

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