Nettoyer un oreiller jauni sans l’abîmer
Un oreiller jaunit par le dessus et par le milieu, là où la tête repose. Ce n’est pas de la saleté : c’est de la transpiration et du sébum, qui traversent la taie nuit après nuit et s’oxydent dans le garnissage. Voilà pourquoi frotter ne sert à rien et pourquoi un lavage à froid non plus : il faut quelque chose qui attaque le gras.
Avant de commencer : regardez l’étiquette
Tout dépend du garnissage, et ce n’est pas un détail de confort.
- Synthétique (polyester, microfibre) : lavable en machine, c’est le cas le plus simple et le plus fréquent.
- Plume et duvet : lavable, mais à 30 °C, sur cycle délicat, et sans percarbonate ni javel. Ce sont des fibres animales, comme la laine et la soie : les blanchissants à base d’oxygène actif les attaquent.
- Mémoire de forme et latex : jamais en machine, jamais trempés. L’eau détruit la structure de la mousse et elle ne sèche pas à cœur. Ceux-là s’aèrent, se brossent et se recouvrent d’une protection lavable, un point c’est tout.
Équilibrez le tambour. Un oreiller seul se plaque d’un côté pendant l’essorage, et la machine cogne. Si le vôtre est assez grand pour en accueillir deux, lavez-les ensemble ; s’il n’y en a qu’un qui rentre, ce qui est le cas le plus fréquent, ajoutez deux ou trois serviettes de bain pour faire le poids. Et ajoutez un cycle de rinçage : c’est le détergent resté au cœur qui rejaunit le plus vite.
Méthode 1 : le percarbonate de soude
Ce qu’il vous faut : une cuillère à soupe de percarbonate, un programme à 60 °C si l’étiquette l’autorise. Sur du synthétique uniquement.
- Ajoutez le percarbonate directement dans le tambour, avec votre lessive habituelle ou votre lessive maison au savon de Marseille.
- Lancez un cycle à 60 °C : il lui faut de l’eau chaude, il ne donne sa pleine mesure qu’à cette température, et c’est pour cela qu’il déçoit à froid.
- Ajoutez un rinçage.
Pourquoi ça marche : au contact de l’eau chaude, le percarbonate libère de l’oxygène actif qui casse les molécules colorées du sébum oxydé. C’est le même principe que les blanchissants du commerce, sans chlore. Le détail des dosages est dans nos méthodes pour raviver un blanc jauni.
Sur du synthétique seulement. Pas de percarbonate sur la plume, le duvet ou la soie.
Méthode 2 : les cristaux de soude
Ce qu’il vous faut : une cuillère à soupe de cristaux de soude, des gants. Sur du synthétique ; sur de la plume, à demi-dose et sur cycle délicat.
- Enfilez des gants : les cristaux sont irritants pour la peau, contrairement au bicarbonate avec lequel on les confond souvent.
- Versez-les au cœur du linge et lancez votre programme habituel.
Pourquoi ça marche : les cristaux de soude sont fortement alcalins, et l’alcalin dissout le gras. C’est exactement ce dont on a besoin ici, puisque le jaune est du sébum. Ils dégraissent là où le percarbonate décolore : les deux se complètent et peuvent s’employer ensemble.
Méthode 3 : le prétrempage à l’eau chaude et au citron
Ce qu’il vous faut : le jus de 6 citrons, une grande bassine, deux heures.
- Portez 2,5 litres d’eau à ébullition, retirez du feu et ajoutez le jus des citrons.
- Versez dans une bassine, complétez d’eau chaude pour pouvoir immerger l’oreiller, et laissez tremper deux heures.
- Passez ensuite l’oreiller en machine, normalement.
Ce qu’on en sait : l’acide citrique du jus aide à décrocher les dépôts, et le trempage prolongé fait le reste. C’est la méthode la plus longue et la moins régulière des trois premières, mais c’est celle qui ne demande rien d’autre que ce qu’on a dans la cuisine. À réserver au synthétique, et à un oreiller qu’on peut faire sécher vite derrière.
Nouveau
Ma Bible des remèdes naturels+ de 1 000 remèdes, recettes & conseils pour 60 maux du quotidienMéthode 4 : l’acide citrique en machine
Ce qu’il vous faut : une cuillère à soupe d’acide citrique en poudre.
- Versez-la dans le tambour et lancez un programme chaud.
- Si des taches localisées subsistent, tamponnez-les de vinaigre blanc avant le lavage.
Ce qu’on en sait : c’est la version concentrée et régulière de la méthode au citron, sans les six fruits ni les deux heures d’attente. Même actif, donc même réserve : l’usage est ancien et constant, le mécanisme n’est pas davantage démontré ici que plus haut. Ce qu’on observe, c’est qu’il désincruste et qu’il emporte les odeurs prises dans le garnissage.
Le séchage, qui compte autant que le lavage
C’est ici que la plupart des oreillers se perdent, et personne ne le dit. Un garnissage épais retient l’eau au cœur bien après que la surface est sèche au toucher. Un oreiller rangé humide moisit de l’intérieur, et cette odeur-là ne part plus.
- Séchez à plat, dehors si possible, une journée entière de préférence ventée.
- Retournez et malaxez l’oreiller plusieurs fois pendant le séchage, pour rompre les paquets de garnissage.
- Au sèche-linge, sur programme doux, glissez deux balles de tennis dans le tambour : elles regonflent le garnissage et accélèrent le séchage.
- Ne remettez la taie que sur un oreiller sec à cœur, vérifié en pressant le milieu entre les paumes.
Les erreurs à éviter
- L’eau de Javel. Elle jaunit le synthétique au lieu de le blanchir, et elle abîme la fibre. C’est le remède qui aggrave exactement ce qu’on veut corriger.
- Le percarbonate sur de la plume, on l’a dit, et pas davantage sur de la laine ou de la soie.
- Le lait et le bicarbonate, qu’on lit souvent partout. Faire tremper un oreiller une heure dans du lait, c’est loger de la matière grasse animale au cœur du garnissage, avec ce que cela suppose d’odeur si le séchage traîne. Le percarbonate fait le même travail sans ce risque.
- Laver sans prétraiter une tache installée. Le sébum ancien demande un dégraissant avant le cycle, pas seulement pendant.
- Attendre trop longtemps. Un oreiller se lave deux à trois fois par an. Passé un certain jaune, le garnissage est atteint et aucun lavage ne le rattrape.
Un oreiller ne se garde pas éternellement : au-delà de deux à trois ans, il s’affaisse, retient les acariens et ne soutient plus la nuque. À ce stade, on le remplace plutôt qu’on ne le blanchit. Et pour le reste du lit, la couette se lave avec les mêmes balles de tennis, selon notre méthode pour laver une couette sans l’abîmer.
Questions fréquentes
À quelle fréquence faut-il laver un oreiller ?
Deux à trois fois par an suffit si la taie est changée toutes les semaines et qu’une protection d’oreiller est glissée dessous. C’est cette protection, lavée une fois par mois, qui évite le jaunissement plus sûrement que n’importe quel blanchiment.
Peut-on rattraper un oreiller très jauni ?
Souvent, mais pas toujours. Sur un oreiller synthétique, enchaînez un trempage aux cristaux de soude puis un lavage au percarbonate à 60 °C : c’est le traitement le plus fort possible sans javel. Sur de la plume, on s’en tient aux cristaux à 30 °C. Si le jaune reste après deux passages, il est dans la fibre et il n’en sortira plus.
Le jaune est-il un problème d’hygiène ?
Pas en soi : c’est de la transpiration oxydée, pas de la moisissure. En revanche, un oreiller taché et malodorant, ou qui présente des points noirs ou verts, est un oreiller humide de l’intérieur, et celui-là se remplace.
Mon oreiller à mémoire de forme est jauni, que puis-je faire ?
Sa housse, elle, se lave : retirez-la et traitez-la comme du linge ordinaire. Pour la mousse, on ne peut qu’aérer à l’ombre une journée entière, brosser doucement la surface avec une brosse sèche, et tamponner une tache localisée avec un chiffon à peine humide, sans jamais imbiber. Le jaune de la mousse ne part pas, et un oreiller à mémoire de forme se remplace au bout de deux à trois ans comme les autres.
Et l’oreiller d’un bébé ou d’un jeune enfant ?
Avant deux ans, un enfant dort sans oreiller. Au-delà, lavez le sien plus souvent, toutes les six à huit semaines, et rincez deux fois : c’est le résidu de lessive qu’on cherche à éliminer, la peau des tout-petits y étant plus sensible. Et pas d’assouplissant, qui laisse un film sur les fibres.
Virginie Verglas
Journaliste et autrice, Virginie a fondé Grands-Mères.net en 2012. Son nouveau livre, « Ma Bible des remèdes naturels », vient de paraître.