Gastro : remèdes de grand-mère, et le cas du bébé
La gastro-entérite se règle presque toujours seule : chez l’adulte, la diarrhée et les vomissements disparaissent en deux à trois jours (ameli.fr). Le vrai enjeu n’est pas de la stopper, c’est d’éviter la déshydratation. Et la réponse n’est pas la même selon l’âge : chez le nourrisson et le jeune enfant, le soluté de réhydratation orale de la pharmacie est la seule bonne réponse, et aucun remède de grand-mère ne le remplace. Chez l’adulte, nos remèdes viennent en accompagnement d’une boisson bien dosée.
Avant de commencer : on réhydrate, puis on soulage
Une boisson maison ne remplace pas un soluté de réhydratation orale, le fameux SRO, quels que soient les symptômes et les causes de la gastro-entérite. Ces sachets de poudre se trouvent en pharmacie et se diluent dans de l’eau ; leur teneur en sucre et en sels est calibrée pour être absorbée par un intestin malade. L’Organisation mondiale de la santé en fait le traitement de première intention de la diarrhée : la solution est absorbée dans l’intestin grêle et remplace l’eau et les électrolytes perdus dans les selles (OMS, Maladies diarrhéiques).
Le cas du bébé et du jeune enfant : le SRO, et rien d’autre
C’est la question la plus posée sur ce sujet, et sa réponse mérite d’être franche : chez le nourrisson et le jeune enfant, il n’y a pas de remède de grand-mère. La déshydratation va vite à cet âge, elle est le seul vrai danger de la gastro, et le traitement est le soluté de réhydratation orale vendu en pharmacie. Sur prescription, il est remboursé chez l’enfant de moins de 5 ans.
Comment le donner
- Si votre bébé est allaité, poursuivez l’allaitement comme d’habitude et proposez le SRO entre les tétées.
- S’il est nourri au biberon, remplacez le lait par le SRO, puis réintroduisez son lait habituel après quatre à six heures au maximum. Les deux situations ne se traitent pas de la même façon.
- Proposez-le plusieurs fois par heure et en très petites quantités, en augmentant progressivement.
- Si l’enfant vomit, donnez-le bien frais, par petites gorgées ou à la cuillère, toutes les 5 à 10 minutes.
- Quand les vomissements s’espacent, laissez boire à volonté, selon la soif, tant que dure la diarrhée.
- Ne modifiez jamais la dilution du sachet, ni dans un sens ni dans l’autre.
- Pesez votre bébé : c’est le repère que l’Assurance Maladie retient pour dépister une déshydratation (ameli.fr, diarrhée et gastro-entérite de l’enfant).
Ce qu’on ne donne pas
- Pas d’eau pure : elle ne compense pas les sels perdus, qui sont justement ce que le SRO apporte.
- Pas de soda, pas de jus de fruits, pas de boisson seulement sucrée.
- Pas de boisson de réhydratation maison. Celle que nous décrivons plus bas est réservée aux adultes : une erreur de dosage de sel, sans conséquence à l’âge adulte, ne pardonne pas chez un nourrisson.
- Pas d’eau de riz seule. Elle a sa place dans l’assiette d’un enfant plus grand, jamais à la place du SRO.
- Pas de médicament pris de sa propre initiative : ni anti-vomitif, ni ralentisseur du transit, ni antiseptique intestinal. L’Assurance Maladie écarte aussi les médicaments à base d’argile avant 2 ans (même source).
Les signes qui imposent d’appeler sans attendre
L’Assurance Maladie décrit ainsi la déshydratation du nourrisson : il est anormalement apathique et dort beaucoup ; il urine très peu dans ses couches ; ses fontanelles, sur le dessus du crâne, sont déprimées ; il a perdu plus de 5 % de son poids ; il respire vite, il est pâle et a les yeux cernés. Devant ces signes, on appelle le 15 ou le 112 (ameli.fr, déshydratation).
Les autres motifs de consultation, fièvre, sang dans les selles, refus de boire, sont réunis plus bas dans la section « Quand consulter ». Avant 6 mois, la fragilité est plus grande encore : on ne temporise jamais.
Méthode 1 : la boisson de réhydratation maison, pour les adultes
Ce qu’il vous faut
- 1 litre d’eau potable, ou d’eau bouillie puis refroidie
- 6 cuillères à café rases de sucre
- 1/2 cuillère à café rase de sel
- Un récipient propre et une cuillère
Les étapes
- Lavez-vous soigneusement les mains avant de préparer la boisson.
- Versez 1 litre d’eau dans un récipient propre.
- Ajoutez les 6 cuillères à café rases de sucre, puis la 1/2 cuillère à café rase de sel.
- Remuez jusqu’à dissolution complète du sel et du sucre.
- Buvez par petites gorgées fréquentes tout au long de la journée, plutôt qu’un grand verre d’un coup.
- Préparez une solution fraîche chaque jour et conservez-la au frais.
La quantité de sel est le point critique de cette recette. L’OMS chiffre la solution de dépannage à 6 cuillères à café de sucre et une demi-cuillère à café de sel pour 1 litre d’eau potable, et la présente comme le recours quand on n’a pas de sachet de SRO sous la main (OMS, questions et réponses sur le choléra). Une cuillère entière double la dose de sodium. Or l’excès de sel apporté par une préparation faite à la maison est une cause connue d’hypernatrémie, dont la symptomatologie comprend léthargie, agitation, spasticité et convulsions (Manuel MSD, Hypernatrémie). Dans le doute, mieux vaut saler moins que trop. Le repère de bouche est simple : la boisson ne doit pas être plus salée que des larmes.
Pourquoi ça marche
Le couple sucre et sel n’est pas là par hasard. Le glucose est absorbé par la paroi de l’intestin grêle au moyen d’un transporteur qu’il partage avec le sodium ; en empruntant ce passage, il entraîne le sel avec lui, et l’eau suit le sel. C’est ce cotransport qui rend une solution sucrée-salée nettement plus efficace que de l’eau seule (Scientific Reports, 2020). À l’inverse, une boisson trop sucrée appelle l’eau vers l’intestin et entretient la diarrhée. D’où ces proportions précises.
Méthode 2 : l’eau de cuisson du riz
Ce qu’il vous faut
- 1 volume de riz blanc
- 6 à 7 volumes d’eau
- Une passoire fine
Les étapes
- Rincez le riz, puis faites-le cuire dans une grande quantité d’eau non salée.
- Comptez une vingtaine de minutes, jusqu’à ce que l’eau devienne trouble et légèrement épaisse.
- Filtrez et conservez l’eau de cuisson.
- Laissez tiédir, puis buvez-en régulièrement par petites gorgées, tant que la diarrhée dure.
- Préparez-en une quantité neuve chaque jour, et gardez-la au réfrigérateur.
Ce qu’on en sait
C’est le remède le plus universellement transmis, et il n’est pas déraisonnable : l’OMS admet l’eau de riz légèrement salée comme liquide de base pour préparer une solution de réhydratation, à la place de l’eau potable (OMS, questions et réponses sur le choléra). En revanche, sa teneur en sels varie d’une cuisson à l’autre : elle accompagne la réhydratation, elle ne la remplace pas.
Méthode 3 : l’infusion de gingembre contre les nausées
Ce qu’il vous faut
- 1 cm de racine de gingembre frais, soit 3 à 4 g
- 250 ml d’eau
Les étapes
- Pelez la racine, puis râpez-la très finement.
- Portez l’eau à ébullition, retirez la casserole du feu et ajoutez le gingembre râpé.
- Couvrez et laissez infuser 10 minutes.
- Filtrez à travers une passoire fine, puis laissez tiédir.
- Buvez lentement, par petites gorgées, après un épisode de nausées. Trois tasses par jour au maximum, pendant trois jours.
- Attendez un quart d’heure après la tasse avant de manger quoi que ce soit.
Ce qu’on en sait
Le gingembre est la plante anti-nauséeuse la mieux documentée de tout le répertoire familial. L’Agence européenne des médicaments retient la poudre de rhizome dans la prévention des nausées et des vomissements du mal des transports, et reconnaît par ailleurs un usage traditionnel dans les troubles digestifs légers et spasmodiques (EMA, Zingiberis rhizoma). Ce n’est pas exactement la gastro-entérite, et rien n’établit qu’il en raccourcisse l’épisode : ce qu’on lui demande ici, c’est de faire passer une tasse de liquide tiède quand l’estomac refuse tout le reste.
Ces préparations sont réservées à l’adulte, et l’Agence européenne les déconseille pendant la grossesse et l’allaitement (même source).
Nouveau
Ma Bible des remèdes naturels+ de 1 000 remèdes, recettes & conseils pour 60 maux du quotidienMéthode 4 : les infusions apaisantes de nos grands-mères
Ce qu’il vous faut
- 1 cuillère à soupe de plante séchée au choix : camomille romaine, thym, romarin ou mélisse
- 200 ml d’eau
Les étapes
- Portez 200 ml d’eau à ébullition, puis versez-la sur la plante dans une tasse.
- Couvrez et laissez infuser 10 minutes.
- Filtrez et buvez tiède, par petites gorgées.
- Deux à trois tasses par jour suffisent.
Ce qu’on en sait
Ces infusions appartiennent au répertoire familial et leur intérêt principal, pendant une gastro, est d’apporter du liquide tiède que l’estomac accepte bien. Nous n’avons pas trouvé de données solides établissant qu’elles raccourcissent l’épisode. La camomille romaine reste la plus demandée, traditionnellement bue contre les nausées ; le thym, le romarin et la mélisse tiennent la même place du côté des maux digestifs. La camomille est en revanche déconseillée aux personnes allergiques aux Astéracées, la famille de la marguerite, de l’arnica, du pissenlit et de l’ambroisie.
D’autres approches existent pour soigner une gastro naturellement, notamment du côté des probiotiques et du charbon végétal.
Ce qu’on mange, ce qu’on évite
L’Assurance Maladie conseille aux adultes de boire plus que d’habitude, en privilégiant des boissons contenant assez de sucre et de sel, et de manger des aliments salés, riches en glucides et sans résidus (ameli.fr, Diarrhée et gastro-entérite de l’adulte : que faire ?).
- À privilégier chez l’adulte : bouillons salés en abondance, riz, pommes de terre, pâtes, semoule, légumes cuits comme les carottes, viandes maigres. La banane est le seul fruit conseillé.
- Chez l’enfant de plus de 2 ans, la même source cite parmi les aliments qui freinent la diarrhée le riz et son eau de cuisson, la pomme râpée ou en compote, la banane, la gelée ou la compote de coing, et le pain grillé. Ce sont mot pour mot les aliments de nos grands-mères, dont nous détaillons la liste complète et la recette du coing.
- À éviter le temps de l’épisode : les fruits et légumes crus, les céréales complètes et le pain complet, les légumineuses, le lait et les produits laitiers, le café, les repas copieux et les boissons glacées. Chez l’enfant, l’Assurance Maladie ajoute les légumes verts et les fruits acides.
- À écarter : l’alcool, les plats gras et très épicés.
Mangez fractionné, en petites quantités réparties dans la journée, comme pour les boissons. Chez l’enfant, l’alimentation habituelle se réintroduit progressivement, sur trois à quatre jours. Quand c’est la diarrhée seule qui traîne, d’autres remèdes de grand-mère prennent le relais. Et si le transit repart dans l’autre sens une fois l’épisode passé, ce qui arrive souvent après plusieurs jours sans fibres, nos remèdes pour relancer le transit prennent la suite.
Les erreurs à éviter
- Ne doublez jamais la dose de sel de la boisson maison : une cuillère à café entière par litre apporte deux fois trop de sodium et aggrave la déshydratation qu’elle est censée corriger.
- Ne donnez pas de boisson maison à un enfant, et ne modifiez pas la dilution d’un sachet de SRO. Chez le nourrisson comme chez le jeune enfant, le sachet de pharmacie est la seule option, préparé exactement comme la notice l’indique.
- Ne buvez pas de grands verres d’un coup. Cela relance souvent les vomissements. Par petites gorgées, toutes les cinq à dix minutes s’il le faut.
- N’attendez pas pour une personne fragile. Nourrisson, personne âgée, femme enceinte, personne immunodéprimée ou diabétique : la marge est plus courte, l’avis médical vient plus tôt.
- Ne négligez pas le lavage des mains, après chaque passage aux toilettes et avant de préparer un repas. Les règles d’hygiène qui évitent une intoxication alimentaire valent tout autant pendant l’épisode.
Quand consulter
Les repères ci-dessous s’appuient sur ceux publiés par l’Assurance Maladie pour l’adulte et pour l’enfant.
Appelez le 15 ou le 112 sans attendre si
- Des signes de déshydratation sont installés : soif intense, bouche et langue sèches, urines rares et foncées, pli cutané qui persiste au pincement, regard terne et yeux enfoncés (ameli.fr, déshydratation)
- Une personne âgée ne boit plus, devient somnolente ou tient des propos confus
- Un nourrisson est difficile à réveiller, urine très peu dans ses couches, a les fontanelles déprimées, les yeux cernés, ou continue de vomir malgré le soluté de réhydratation
Consultez dans la journée si
- La personne a plus de 75 ans
- Il s’agit d’un bébé qui vomit de manière répétée et ne boit plus, ou d’un enfant qui ne mange plus et ne boit plus
- La diarrhée s’accompagne d’une fièvre supérieure à 38,5 °C, de douleurs intenses ou d’un amaigrissement brutal
- La personne ne parvient plus à boire
- La personne est enceinte, diabétique, immunodéprimée, ou suit un traitement au long cours
- Il s’agit d’un bébé de moins de 2 ans qui a eu au moins trois selles liquides en quelques heures
Consultez dans les jours qui viennent si
- La diarrhée ou les vomissements persistent au-delà de deux jours, ou s’aggravent
- Les selles contiennent du sang ou des glaires
- Les épisodes récidivent, ou alternent avec de la constipation
- Les troubles sont apparus après le début d’un nouveau traitement, ou au retour d’un voyage en zone tropicale
Une gastro-entérite banale guérit seule, et l’essentiel du traitement tient dans trois gestes : réhydrater correctement, manger léger, se laver les mains. Ces repères existent parce que les mêmes symptômes peuvent signaler autre chose, et parce que la déshydratation, elle, ne prévient pas toujours. Au moindre doute chez un enfant ou une personne âgée, le réflexe reste le même : un avis médical, sans attendre.
FAQ
Faut-il arrêter le lait chez un bébé qui a la gastro ?
Cela dépend de la façon dont il est nourri, et c’est la confusion la plus courante. Un bébé allaité continue de l’être normalement, le soluté de réhydratation venant entre les tétées. Un bébé au biberon, lui, voit son lait remplacé par le soluté, mais quatre à six heures au maximum : passé ce délai, on réintroduit son lait habituel, sans le diluer et sans en changer (ameli.fr, enfant).
Le Coca-Cola dégazé est-il un bon remède contre la gastro ?
Non, et c’est l’une des idées reçues les plus tenaces. C’est une boisson très sucrée et pauvre en sodium : elle apporte trop de sucre, ce qui peut entretenir la diarrhée, et pas les sels perdus. Le fait de la laisser dégazer ou de la boire à température ambiante n’y change rien, puisque ce n’est ni le gaz ni la température qui posent problème.
Faut-il prendre un médicament contre la diarrhée ?
Pas de sa propre initiative. Les diarrhées aiguës sont le plus souvent d’origine virale et ne demandent pas d’antibiotiques. Quant aux ralentisseurs du transit, ils ne doivent pas être utilisés en cas de diarrhée sévère contenant des glaires ou du sang, ni en cas de fièvre associée, car ils ralentissent aussi l’élimination du virus ou de la bactérie (ameli.fr, consultation et traitement).
Comment éviter de contaminer le reste de la famille ?
Le lavage des mains à l’eau et au savon reste la mesure de base, après chaque passage aux toilettes et avant de toucher la nourriture. Au-delà, ne partagez ni serviette de toilette ni couverts pendant l’épisode, nettoyez les surfaces de la salle de bains et les poignées de portes, et ne préparez pas les repas des autres tant que vous êtes malade.
Ces remèdes sont issus du livre « Ma Bible des remèdes naturels » de Virginie Verglas, fondatrice de Grands-Mères.net.