Langage des jeunes et expressions de nos grands-parents
À chaque époque son langage : les expressions de nos grand-mères, le verlan, le langage SMS, le langage de rue, celui issu de l’étranger… En plusieurs décennies, le langage évolue et les expressions également. Si nos grands-parents ont leurs expressions indémodables, les jeunes semblent aussi avoir leur propre dictionnaire. Décryptons ensemble les différences entre le parler de mamie et celui des ados d’aujourd’hui.
Expressions obsolètes de nos grands-parents
Nos aïeux utilisaient de nombreuses expressions imagées qui peuvent parfois nous sembler obscures aujourd’hui. Pourtant, elles font partie de notre patrimoine linguistique et méritent qu’on s’y attarde. Voici quelques-unes des plus savoureuses.
Regagner ses pénates
L’expression « regagner ses pénates » signifie tout simplement « rentrer chez soi ». Elle trouve son origine dans l’Énéide de Virgile, où les Pénates étaient les dieux protecteurs du foyer. Utilisée dès le XVIIe siècle, cette locution apporte une touche littéraire pour évoquer le retour à la maison.
Se faire du mouron
« Se faire du mouron » est une expression plus récente, datant du XXe siècle, qui signifie « s’inquiéter » ou « se faire du souci ». Mais pourquoi le mouron ? En argot, ce mot désignait autrefois la chevelure. Ainsi, « se faire du mouron » serait l’équivalent familier de « se faire des cheveux blancs ».
Dire des messes basses
Quand deux personnes discutent à voix basse pour ne pas être entendues, on dit qu’elles « disent des messes basses ». Cette expression nous vient de la fin du XIXe siècle et fait référence aux prières que les prêtres récitaient à voix basse pendant les messes.
Conter fleurette
Au XVIIe siècle, « conter fleurette » ne signifiait pas compter les petites fleurs, mais bien « raconter des mots doux » pour courtiser quelqu’un. Le verbe « fleureter », qui voulait dire « voltiger de fleur en fleur », a fini par prendre le sens de « flirter ».
Trois francs six sous
Quand on parle de « trois francs six sous », on évoque une somme dérisoire. Cette expression nous vient de la fin du XIXe siècle, quand le sou était une petite monnaie qui représentait le salaire journalier d’un ouvrier. Trois francs six sous, c’était donc vraiment peu !
Autres expressions imagées
Nos grands-parents utilisaient bien d’autres expressions haute en couleur :
- Être porté sur la gaudriole (être grivois)
- Voir la feuille à l’envers (être naïf)
- Batifoler (s’amuser de manière insouciante)
- Jeter l’argent par les fenêtres (dépenser sans compter)
- Il fait un froid de canard (il fait très froid)
Petit lexique du parler jeune
Le langage des jeunes se renouvelle vite, et il va plus vite qu’avant : un mot lancé dans une vidéo le lundi peut circuler dans toutes les cours de récréation le vendredi. Ce n’est pas un appauvrissement, c’est la même mécanique que le verlan des années 1980, avec des réseaux sociaux en guise de caisse de résonance. Voici ce qui s’emploie réellement en ce moment.
Les mots que les dictionnaires ont adoptés
Un mot d’ados qui entre au Larousse ou au Robert n’est plus une mode : il a tenu assez longtemps pour être enregistré. Les trois dernières éditions en ont fait entrer plusieurs.
- Bader (Petit Larousse 2026) : être découragé, avoir le moral à zéro. De l’anglais bad. « Il bade depuis ce matin. »
- Gros (Petit Larousse 2026) : façon d’appeler un copain ou un camarade de classe. Rien de moqueur là-dedans, c’est l’équivalent de « mon vieux ».
- Gavé (Petit Robert 2026) : « beaucoup, très ». Le mot vient du Sud-Ouest et s’est diffusé bien au-delà. « C’est gavé bien. »
- Ma gâtée, mon gâté (Petit Robert 2026) : mot d’affection employé à Marseille depuis des décennies, remis en circulation partout par une chanson de 2020.
- Crush (Petit Larousse 2027) : coup de cœur amoureux, ou la personne qui en est l’objet. « C’est mon crush » se dit sans détour.
- Matrixé (Le Robert) : être sous l’emprise d’une idée, d’une personne ou d’un milieu, au point de ne plus voir autre chose. Le mot vient du film Matrix.
Les mots venus des réseaux et du jeu vidéo
- Six-sept, qui s’écrit « 6-7 » : le mot de l’année 2025 du dictionnaire américain Dictionary.com, et il ne veut rien dire. C’est une interjection qu’on lance, accompagnée d’un geste des deux mains, pour dire à peu près « bof, comme ci comme ça ». Il se prononce toujours « six-sept », jamais « soixante-sept ». L’absurde est le sujet même de la blague.
- Skibidi : autre mot sans signification fixe, tantôt « génial », tantôt « nul », souvent rien du tout. Né d’une série animée diffusée en ligne, il est entré au dictionnaire de Cambridge en août 2025.
- Delulu : contraction de l’anglais delusional. Se dit de quelqu’un qui se raconte des histoires, avec beaucoup d’autodérision (« je suis delulu »). Entré au dictionnaire de Cambridge le même mois.
- L’aura : un système de points de charisme, attribués ou retirés selon la situation. Réussir une entrée remarquée vaut « +1 000 d’aura », trébucher devant tout le monde vaut « -1 000 ». Le mot circule depuis 2024 et a explosé à l’été 2025.
- PNJ, pour « personnage non jouable » : emprunté au jeu vidéo, où le PNJ est le figurant programmé qui répète toujours la même phrase. Se dit d’une personne qui suit le mouvement sans réfléchir. C’est le plus piquant de la liste, à manier avec précaution.
Les mots courts du quotidien
- Askip : « à ce qu’il paraît ». « Askip la prof est absente. »
- Un banger : au départ un morceau de musique qui claque, aujourd’hui tout ce qui est franchement réussi.
- C’est carré : c’est parfait, c’est entendu, d’accord.
- Mdr, ptdr, jpp : « mort de rire », « pété de rire », « j’en peux plus ». Ce sont les abréviations écrites du moment.
Ce qui a déjà vieilli, et ce qui a tenu
C’est la partie que l’on oublie souvent : la plupart de ces mots ne passeront pas l’année. Le « quoicoubeh » et l’« apanyan » de 2023, qui consistaient à piéger son interlocuteur pour lui faire dire « quoi ? », ont eu une durée de vie de quelques mois. Le « LOL » et le « YOLO » des années 2010 font aujourd’hui sourire les ados comme le « chouette alors » de leurs arrière-grands-parents.
À l’inverse, certaines expressions se sont installées pour de bon, et ce sont celles-là qu’il vaut la peine de retenir :
- Avoir le seum : être déçu, dégoûté, avoir la rage. Le mot vient de l’arabe sèmm, « venin », circule en français depuis le milieu des années 2000 et figure désormais au dictionnaire. Ce n’est plus de l’argot de mode, c’est du français familier.
- Être au bout de sa vie : exprimer un ras-le-bol ou une grande lassitude, exactement comme « être au bout du rouleau ». Non, les ados qui l’emploient ne sont pas tous au désespoir.
- Chelou (louche), ouf (fou), wesh : le verlan et l’argot des années 1980 et 1990 ont largement survécu à leurs inventeurs.
- Et les tournures ironiques qui ne datent d’aucune époque : « je dis ça, je dis rien », « c’est pas faux », « pire ! » pour surenchérir.
Comprendre l’évolution du langage entre générations
Si le fossé peut parfois sembler grand entre le langage des jeunes et celui de leurs aînés, il n’est pas infranchissable. Décrypter les expressions des uns et des autres, c’est déjà faire un pas vers l’autre.
Marquer son identité générationnelle
Adopter les codes linguistiques de sa génération, c’est affirmer son appartenance à un groupe, se reconnaître entre pairs. C’est aussi une manière de se démarquer des générations précédentes, voire de marquer une forme de rébellion. Un processus classique qui se répète à chaque époque !
Le langage, reflet de son époque
Derrière chaque nouvelle expression, on peut lire en filigrane les évolutions d’une société. Le verlan apparu dans les années 80 reflétait une volonté de crypter son langage dans les banlieues. Les anglicismes omniprésents chez les ados d’aujourd’hui sont le signe d’une globalisation des échanges, notamment sur le web.
Nouveau
Ma Bible des remèdes naturels+ de 1 000 remèdes, recettes & conseils pour 60 maux du quotidienCréer des ponts entre générations
Malgré ces différences, le langage peut aussi être un formidable trait d’union entre les générations. Voici quelques clés pour (r)établir le dialogue entre jeunes et seniors.
Décrypter sans jugement
Pour comprendre le langage des plus jeunes, rien de tel que la curiosité bienveillante. Plutôt que de critiquer, intéressez-vous au sens des mots, à leur origine. Les ados seront souvent ravis de vous expliquer leur jargon !
- Demandez des explications avec tact et humour
- Évitez les remarques négatives sur leur façon de parler
- Efforcez-vous de mémoriser quelques expressions
Partager ses propres expressions
L’échange peut aussi se faire dans l’autre sens. Les expressions de nos grands-parents font souvent sourire les plus jeunes, mais elles ouvrent aussi une porte sur le passé : beaucoup racontent un métier disparu, une croyance ou un épisode d’histoire, et les expressions françaises nées de l’Histoire sont un bon terrain de départ. N’hésitez pas à ponctuer vos conversations de ces joyaux linguistiques !
S’amuser des différences
Le langage est un terrain de jeu passionnant, où les générations peuvent se retrouver. Jouer à retrouver l’origine d’une expression, deviner le sens d’un nouveau mot, tout cela peut être l’occasion de franches rigolades et de dialogues savoureux. De quoi, peut-être, créer de nouvelles expressions communes !
Alors, prêts à dépoussiérer votre vocabulaire et à décoder celui de vos petits-enfants ? Une chose est sûre : les expressions, qu’elles soient « vintage » ou ultra-modernes, nous rappellent que la langue française est un organisme bien vivant, en perpétuelle évolution. Et si on profitait de cette richesse pour renouer le fil entre générations ?
Réponses aux questions fréquentes
D’où viennent les expressions de nos grands-parents ?
La plupart des expressions utilisées par nos grands-parents trouvent leur origine dans des contextes historiques, littéraires ou populaires anciens. Elles font référence à des réalités et des mentalités d’époques révolues, ce qui explique qu’elles puissent parfois sembler obscures aux jeunes générations.
Pourquoi le langage des jeunes est-il difficile à comprendre pour les seniors ?
Le langage des jeunes évolue très vite, au gré des modes et des influences (réseaux sociaux, musique, séries…). Il est marqué par de nombreux néologismes, abréviations et emprunts à l’anglais. Ce renouvellement rapide et ces codes générationnels le rendent moins accessible aux seniors.
Quelles sont les expressions de jeunes les plus courantes aujourd’hui ?
On entend beaucoup « bader » (être découragé), « c’est carré » (c’est parfait), « askip » (à ce qu’il paraît), « un banger » (quelque chose de très réussi) et « crush » (coup de cœur amoureux). Circulent aussi des mots volontairement absurdes venus des réseaux, comme « six-sept » ou « skibidi », qui n’ont pas de sens fixe : c’est justement le principe. Et « avoir le seum » (être dégoûté) reste solidement installé depuis vingt ans.
Comment mieux communiquer avec ses petits-enfants ados ?
Pour améliorer la communication avec vos petits-enfants, intéressez-vous à leur univers et à leur langage avec bienveillance et humour. N’hésitez pas à leur demander de vous expliquer certaines expressions. Partagez aussi avec eux les expressions imagées de votre génération. L’échange et la curiosité réciproque sont les clés d’une complicité réussie !
Les expressions des jeunes d’aujourd’hui existeront-elles encore dans 50 ans ?
Certaines expressions traversent les époques et restent dans le langage courant. D’autres sont éphémères et disparaissent avec leur génération. Il est difficile de prédire lesquelles subsisteront. Une chose est sûre : de nouvelles expressions viendront sans cesse enrichir la langue, au gré des évolutions de la société et des jeunes qui la façonnent.
Définitions et explications
Néologisme
Mot nouveau ou expression nouvelle apparaissant dans une langue, souvent issu d’emprunts, de dérivations ou de détournements de sens.
Anglicisme
Mot, expression ou construction syntaxique anglaise utilisée dans une autre langue. Les anglicismes sont très présents dans le langage des jeunes.
Verlan
Argot consistant à inverser les syllabes d’un mot. Très en vogue dans les années 80-90, il reste utilisé par les jeunes, avec des exemples comme « chelou » (louche) ou « ouf » (fou).
Mot-blague sans signification
Une partie du vocabulaire né sur les réseaux ne veut délibérément rien dire (« six-sept », « skibidi », autrefois « quoicoubeh »). Ces mots ne servent pas à transmettre une idée mais à se reconnaître entre initiés : celui qui comprend la plaisanterie est du groupe. Chercher leur définition est donc une impasse, il n’y en a pas.
Virginie Verglas
Journaliste et autrice, Virginie a fondé Grands-Mères.net en 2012. Son nouveau livre, « Ma Bible des remèdes naturels », vient de paraître.