Quelle est l’origine de l’expression « un coup de Jarnac » ?
Un « coup de Jarnac » est un coup porté de façon inattendue. L’expression revêt une connotation négative avec un sentiment de déloyauté.
Il s’agit d’une référence directe à un duel resté célèbre. Le 10 juillet 1547, une affaire d’honneur opposa le seigneur de Jarnac, Guy Chabot de Saint-Gelais, à François de Vivonne, sire de La Châtaigneraie, qui avait fait courir le bruit d’une liaison entre Jarnac et sa belle-mère. Henri II, monté sur le trône quelques mois plus tôt à la mort de François Ier, autorisa ce combat judiciaire que son père avait toujours refusé. La Châtaigneraie, favori du roi et escrimeur redouté, partait grand favori. La Cour assista au duel devant le château de Saint-Germain-en-Laye.
Contre toute attente, le seigneur de Jarnac l’emporta grâce à une botte apprise d’un maître d’armes italien : d’un revers d’épée, il trancha le jarret de son adversaire. Le coup, inattendu mais parfaitement conforme aux règles du combat, fut estimé loyal et le roi reconnut la victoire. La Châtaigneraie, blessé et humilié, mourut peu après pour avoir arraché ses pansements. Ce n’est qu’au 18e siècle que le sens bascule : le Dictionnaire de Trévoux, en 1771, décrit le coup comme donné par traîtrise, et c’est cette lecture qui s’est imposée, malgré les rectifications de Littré et de Larousse à la fin du 19e siècle.
Cette expression fait partie de nos expressions nées de l’Histoire. Dans la même famille : « de but en blanc » et « de joyeux drilles ».