D’où vient l’expression « se mettre martel en tête » ?
« Se mettre martel en tête » signifie s’inquiéter d’une situation ou au sujet d’une personne. A première vue il s’agirait d’une référence directe à Charles Martel, grand père de Charlemagne. Mais il n’en est rien. Ce « martel » n’est pas non plus l’ancien nom français du marteau : c’est un emprunt à l’italien « martello », qui signifie littéralement « marteau » mais qui passe en français au 16e siècle avec ses seuls sens figurés.
A l’origine, c’est-à-dire au 16e siècle, « donner martel » ou « mettre le martel en tête » signifiait « rendre jaloux, être perturbé par un sentiment de jalousie » : on le lit chez Du Bellay entre 1554 et 1557, puis chez Jacques Grévin en 1561. Mais très vite l’expression prit le sens de « se faire du souci », attesté dès 1558 chez Mellin de Saint-Gelais.
La métaphore est claire et très parlante. Elle compare les tourments, les interrogations répétées et le questionnement ininterrompu, à des coups de marteaux dans la tête.
Au 18e siècle le sens de l’expression se fixa et désigna l’obsession de préoccupations diverses : c’est sous la forme « se mettre martel en tête » qu’on la relève en 1718, dans un chansonnier de l’époque. Le mot figurait déjà au dictionnaire de l’Académie française en 1694.
On croit souvent que le verbe « marteler » vient de là. Il n’en est rien : il est bien plus ancien, attesté dès les années 1170 chez Chrétien de Troyes, et dérive tout simplement de « marteau ».
Cette expression fait partie de nos expressions qui parlent du corps. Dans la même famille : « se mettre en quatre » et « Se saigner aux quatre veines ».