Pourquoi dit-on « être à la bourre » ?
L’origine de cette expression n’est pas établie. La piste la plus souvent avancée, notamment par Claude Duneton, est un jeu de cartes autrefois très populaire, « la borra ». Surtout connu dans le sud de la France, il pouvait se jouer à deux, trois ou quatre. Pour faire une partie il fallait d’abord que tous les joueurs misent une somme d’argent. Le total était ensuite divisé entre les joueurs en fonction du nombre de plis levé. Pour faire un pli il fallait tout simplement avoir la carte la plus forte. Au fil de la partie, ceux qui ne remportaient pas de pli devaient abonder la caisse en payant le double du montant déjà en jeu.
Dans la borra, celui qui ne levait jamais de pli était surnommé le « bourru ». Plus la partie avançait plus le bourru accumulait le retard sur les autres. D’où, dit-on, l’expression « être à la bourre » pour les retardataires. Le lien avec le retard reste cependant difficile à établir.
Les dictionnaires, eux, sont plus prudents : le Trésor de la langue française, qui ne relève la locution qu’en 1953, la rattache simplement au verbe « bourrer » pris au sens de bloquer, arrêter. Celui qui est bloqué prend du retard. Une troisième explication, jamais confirmée, invoque la « bourre » des fusils, ce calage qu’il fallait remettre après chaque tir.
Cette expression fait partie de nos expressions venues des jeux et du spectacle. Dans la même famille : « faire chou blanc » et « faire un bide ».