Pourquoi dit-on « la petite reine » pour le vélo ?
Deux explications circulent, et l’une des deux ne tient pas devant les dates.
La piste sérieuse mène au journaliste Pierre Giffard, rédacteur en chef du Petit Journal et futur fondateur du quotidien Le Vélo. Le 4 octobre 1890, il signe dans le supplément littéraire du Figaro un article intitulé « La Reine Bicyclette », puis publie l’année suivante un ouvrage du même titre, consacré à « l’histoire du vélocipède, des temps les plus reculés jusqu’à nos jours ». La formule prend, se transforme, et « la petite reine » se lit déjà dans Le Véloce-sport du 16 avril 1891. Le poète Edmond Haraucourt l’emploie à son tour dans Le Cycle du 18 août 1895 : « la petite Reine à deux roues ».
La seconde explication, très répandue, attribue le surnom à Wilhelmine d’Orange-Nassau, reine des Pays-Bas à l’âge de 10 ans et grande amatrice de bicyclette. Un article de La France illustrée du 23 avril 1898 l’appelle en effet « petite reine » lors de son passage en France. Mais l’expression désignait déjà le vélo sept ans plus tôt : elle ne peut donc pas venir de la souveraine. Tout au plus la coïncidence a-t-elle aidé la formule à s’installer dans le langage courant.
Cette expression fait partie de nos expressions venues des jeux et du spectacle. Dans la même famille : « clou du spectacle » et « les dés sont pipés ».