Quelle est l’origine du « pain bénit » ?
L’expression s’écrit « pain bénit », avec un t : cette forme est réservée à ce qui a reçu la bénédiction d’un prêtre, comme l’eau bénite, et l’Académie française la maintient jusque dans l’emploi figuré. D’origine chrétienne, elle est le synonyme d’une opportunité inattendue.
Dans les tous premiers temps de l’église ce sont les fidèles eux-mêmes qui portaient à la fois le vin et le pain au prêtre avant la messe pour la communion. Grégoire de Tours y fait allusion dès le 6e siècle et l’usage s’installe ensuite durablement, d’abord dans les monastères ; sa codification paroissiale en France est, elle, bien plus tardive.
Concrètement, chaque dimanche chaque famille devait apporter une grande quantité de pain afin que le prêtre le bénisse. Il était ensuite distribué à ceux qui ne communiaient pas. Il s’agissait donc d’une compensation de l’hostie pour ceux qui n’étaient pas là ou qui étaient dans l’impossibilité de communier (comme les enfants par exemple).
Cette tradition perdura jusqu’au 20e siècle notamment en Bretagne, avant de s’éteindre progressivement. On lit parfois qu’elle aurait été ruinée par les abus de puissants s’appropriant de larges quantités de pain : l’anecdote circule, aucune source solide ne la confirme.
L’emploi figuré est plus ancien qu’on ne le croit : il est déjà courant au 19e siècle. L’expression y désigne un cadeau tombé du ciel, quelque chose qui arrive au bon moment et sans effort particulier, ou encore une mésaventure bien méritée.
Cette expression fait partie de nos expressions nées des croyances. Dans la même famille : « Pleurer comme une Madeleine » et « regagner ses pénates ».