Pourquoi dit-on « ruer dans les brancards » ?
Il faut tout de suite indiquer que cette expression, qui signifie réagir violemment, ne renvoie pas aux civières utilisées pour déplacer des blessés. Il s’agit bien du même mot, mais d’un sens antérieur : le « brancard » désigne dès 1429 les deux pièces de bois, sortes d’avancées, entre lesquelles se maintenaient les chevaux d’un attelage, et il ne s’applique à la civière à bras qu’à partir de 1541. La locution elle-même n’est pas datée par les dictionnaires, qui l’attestent surtout à l’époque moderne, ainsi chez Mauriac en 1927.
On attelait donc les chevaux entre les brancards. Quand il arrivait que les animaux ne veuillent plus obéir au cocher, ils se débattaient, remuaient vigoureusement entre ces brancards. Ils pouvaient même « ruer », c’est-à-dire lancer vivement les pattes de derrière en arrière.
Ensuite l’expression est restée malgré l’apparition des autos et la disparition progressive des voitures à chevaux. C’est ainsi que les hommes se révoltent en ruant dans les brancards tels des équidés considérant que leur exploitation a assez duré ! On rencontre parfois une variante utilisant le même mot, « piaffer dans les brancards », bâtie sur la même image mais insistant davantage sur l’impatience que sur la révolte.
Cette expression fait partie de nos expressions venues des animaux. Dans la même famille : « se regarder en chiens de faïence » et « Ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval ».