Pourquoi dit-on « travailler du chapeau » ?
De nos jours beaucoup pensent simplement que le chapeau de l’expression est une métaphore de la tête et que le fait de travailler de cette partie du corps signifie être trop agité, comme dans l’expression « travailler de la toiture ». On lui prête pourtant une tout autre origine.
« Travailler du chapeau », c’est-à-dire souffrir de troubles mentaux ou tout simplement ne plus avoir toute sa tête, n’est relevé par les dictionnaires qu’au 20e siècle : le Trésor de la langue française en cite un emploi chez Bernanos en 1935. L’explication qu’on lui donne le plus souvent renvoie pourtant bien plus tôt, aux ateliers de chapellerie des 18e et 19e siècles. On y fabriquait le feutre à partir de poils de lapin ou de lièvre traités au nitrate de mercure, une opération appelée « secrétage » qui faisait s’accrocher les poils entre eux. Or ce produit chimique intoxiquait les ouvriers qui le manipulaient ou le respiraient, et ces vapeurs causaient des atteintes du système nerveux, avec tremblements et troubles du comportement. Le rapprochement est séduisant, mais aucun dictionnaire de référence ne l’établit : il faut le prendre pour ce qu’il est, une explication traditionnelle.
Cette expression fait partie de nos expressions qui parlent du corps. Dans la même famille : « virer sa cuti » et « à tue-tête ».