Pourquoi dit-on « verser des larmes de crocodile » ?
Si quelqu’un simule la tristesse on dit qu’il verse des « larmes de crocodile ». Il pleure au sens propre ou au sens figuré de manière hypocrite afin d’émouvoir et d’obtenir quelque chose d’un tiers.
L’expression renvoie bien aux larmes que le crocodile verserait en dévorant sa proie. C’est une légende, connue en Europe dès le Moyen Âge et répandue par les bestiaires : l’animal était censé pleurer après avoir mangé, comme s’il regrettait son geste. En français, la locution est relevée vers 1562.
Une variante de la même légende veut que les crocodiles du Nil aient pleuré pour éveiller la compassion de leurs proies, celles-ci se rapprochant avant que le piège ne se referme sur elles. On la rattache parfois à l’Égypte antique, mais les dictionnaires ne remontent pas au-delà des textes médiévaux.
Ce stratagème n’est pas sans rappeler le mythe des sirènes, qui a donné l’expression « céder au chant des sirènes ». Les sirènes aux chants envoûtants étaient réputées irrésistibles.
Curiosité : les larmes existent pour de bon. Des observations menées en 2007 sur des alligators et des caïmans ont montré que ces animaux ont bel et bien les yeux qui larmoient en mangeant. Rien d’un chagrin, cependant : la mastication met en jeu des muscles voisins de ceux de l’œil et pousse l’air dans les sinus, ce qui vide les glandes lacrymales.
Cette expression fait partie de nos expressions venues des animaux. Dans la même famille : « à bon chat, bon rat » et « à la queue leu leu ».