Pourquoi dit-on « avoir un Jules » ?
On raconte volontiers que le « Jules » de l’expression a réellement existé, et qu’il faudrait le chercher au 18e siècle dans l’entourage de Marie-Antoinette. Contrairement à ce que laisse penser le prénom, ce Jules aurait été une femme, proche de la reine et nommée Madame de Polignac. Femme de Jules de Polignac, elle aurait été parfois surnommée le « Jules de la reine ». Une intense amitié lia effectivement les deux femmes à partir de 1775. Avec sa confidente, Marie-Antoinette passait énormément de temps, y compris dans son domaine du Petit Trianon, et Madame de Polignac devint duchesse en 1780. Vite jalousée, elle fut la cible de rumeurs prêtant aux deux amies une liaison. Avec la Révolution, c’est la favorite qui dut émigrer, et elle mourut en exil moins de deux mois après la reine, en décembre 1793.
Cette histoire est répandue, mais aucun dictionnaire ne la retient. Les lexicographes rattachent le mot à l’argot du 19e siècle, où « Jules », prénom alors très courant, sert d’abord à désigner le pot de chambre, relevé en ce sens chez Delvau en 1866. Il concurrence ensuite « Arthur » pour nommer l’amoureux ou le protecteur d’une femme, et les relevés du sens actuel de « mari, compagnon » sont plus tardifs encore. C’est donc un emploi ironique d’un prénom banal, et non le souvenir d’une personne précise.
Cette expression fait partie de nos expressions de la maison et de l’argent. Dans la même famille : « belle lurette » et « boire à tire-larigot ».