D’où vient l’expression « rester en carafe » ?
Celui qui « reste en carafe » est abandonné. Il est oublié et reste en plan.
Cette expression est relevée en 1896, donc à la toute fin du 19e siècle, d’abord à propos d’un acteur ou d’un orateur qui perd ses mots. L’explication généralement avancée passe par l’argot, où la « carafe » a désigné la tête, puis la bouche ou la gorge, qui à l’image de la carafe accueille des liquides variés. Mais cette zone de notre anatomie nous sert aussi à parler. Or quand les mots manquent lors d’un discours ou d’une prise de parole quelconque, on reste bouche bée. Les mots font défaut. Celui qui voudrait s’exprimer peut alors connaitre un sentiment d’abandon. Le lien est donc établi entre la bouche c’est à dire la carafe, et le fait d’être en plan. Les dictionnaires ne relèvent toutefois ces sens argotiques qu’à partir de 1901, soit après la locution : l’explication est vraisemblable, elle n’est pas démontrée.
Par la suite on a utilisé cette locution en dehors du strict domaine de l’expression orale pour toute personne qui est laissée seule ; par exemple dans le milieu cycliste quand un coureur connait une crevaison sans pouvoir être dépanné rapidement. Il peut alors avoir l’air cruche !
Cette expression fait partie de nos expressions de la maison et de l’argent. Dans la même famille : « s’attirer des bricoles » et « se faire du mouron ».